«Le designer qui pense design est un imbécile ou un vénal. Le design, d'ailleurs, est une idée ancienne et obsolète.» Le ton est donné: Philippe Starck joue de la sincérité et de la provocation lorsqu'il évoque son travail et ses créations. Dernière en date: la montre Starck, présentée samedi à Bâle. Ou plutôt une plate-forme de services, ainsi que l'homme aime à parler du fruit de ses réflexions. Entretien avec le concepteur d'une pensée puissante inscrite dans une vision d'ensemble, sur le stand du groupe Fossil, avec lequel le produit est réalisé en étroit partenariat.

Pièce épurée, forme réduite à sa plus simple expression, affichage digital multifonctions, le premier jet signé Starck prélude à différents produits de la même veine annoncés pour les années à venir, tel ce Palm Pilot à l'automne. Les modèles présentés, plutôt que des montres, sont en fait des bracelets offrant une ensemble global de services, des terminaux polyvalents ramenés à une approche esthétique minimaliste. «Le plus difficile est de tendre à l'extrême simplicité. Mon but est clair: atteindre l'élégance ultime de l'objet, c'est-à-dire sa disparition.» Starck n'entend pas jouer du registre de la marque horlogère, mais au contraire affirmer la légitimité d'une nouvelle forme d'équipement utilisant les savoirs les plus pointus: «Nous avons aujourd'hui les technologies les plus sophistiquées et les plus puissantes. Utilisons-les pour aller à l'extrême dépouillement!»

Sous le vernis décapant du propos, une réalité est en marche, qui a pour nom la bionique. L'idée de Philippe Starck, conformément à sa volonté de débarrasser l'individu de l'objet matériel? L'affichage temporel digital en implantation sous-cutanée, à hauteur du poignet. «Cette phase a fait l'objet de longues études. Nous sommes techniquement au point, les procédures en cours portent actuellement sur les questions d'homologation liées au domaine de la biotechnologie. Le projet, normalement, devrait se réaliser d'ici deux ans.»

Approche futuriste

L'argument développé par Starck met en évidence la puissance des technologies au service de l'individu. Ce projet «de société et de civilisation» n'a d'autre but pour Philippe Starck que d'offrir une qualité de vie «intellectuelle et mentale meilleure, en ramenant le maximum de possibilités offertes par les technologies du futur au minimalisme absolu. Certaines questions sont aujourd'hui posées par la société. Nous devons leur répondre sans passer par la matière».

Le discours, radical dans son approche futuriste, jette-t-il les bases d'une nouvelle culture liée à l'expression de la mesure du temps? «Ce que je suis en train de faire, c'est une proposition globale et compilée de différents produits basée sur une approche éthique et innovatrice. Les produits à porter au poignet que je présente ici à Bâle ne sont qu'une facette d'une approche plus globale. Elle sera appliquée à divers domaines: vêtements, aliments, bagages, lunettes, cosmétiques, hôtellerie. Il s'agit de changer et de faire évoluer les fonctions de services en reniant l'idée de design, qui est élitiste, pour nous acheminer vers un langage universel et démocratique.»