Les Massive Open Online Course (MOOC) ou Formation en Ligne Ouverte à Tous (FLOT) sont une innovation radicale dans le monde de l’éducation. Ils permettent à chacun, où qu’il soit, de suivre sur internet les cours des meilleures universités. Ainsi, Coursera, une plateforme MOOC créée en 2012 par des professeurs de Stanford, compte aujourd’hui plus de 13 millions d’utilisateurs qui ont accès à environ 1500 cours de 140 institutions dans le monde (dont l’Université de Genève).

Un professeur d’université est un enseignant-chercheur. Sa mission est de produire de la recherche scientifique et de la transmettre aux étudiants à travers l’enseignement. Il est aisé d’évaluer la qualité d’un chercheur mais plus difficile d’apprécier celle d’un enseignant. Si on considère 50 professeurs d’économie dans le monde, on peut les hiérarchiser en tant que chercheurs à partir de la qualité des revues académiques dans lesquelles ils ont publié et des indices de citations de leurs travaux. Ces informations sont publiques et accessibles à tous. En revanche, il est impossible de les classer objectivement en tant qu’enseignant et de désigner le meilleur d’entre eux. Comme le souligne Pierre-Michel Minger, Professeur en sciences sociales au Collège de France, cette transparence sur la qualité de la fonction de chercheur et l’opacité sur celle d’enseignant influencent le marché du travail. La concurrence entre les universités se fait pour attirer les meilleurs chercheurs, qualité visible, et non pas les meilleurs enseignants, qualité invisible. De ce fait, les professeurs privilégient rationnellement leur activité de recherche au détriment de leur activité pédagogique car ils sont conscients que leur carrière et leur valeur sur le marché du travail dépendent de la qualité de leurs publications académiques et non pas de celle de leurs cours.

Changer l’ordre établi

La généralisation des MOOC pourrait changer cet ordre établi. Dès lors que nos 50 professeurs d’économie auront leurs cours en ligne, il sera possible de comparer leur qualité pédagogique. A moyen terme, des mécanismes de réputation et de diffusion de l’information rendront visibles les excellents enseignants et leur nombre d’étudiants en ligne augmentera. Inversement, les piètres enseignants seront identifiés et leur nombre d’étudiants diminuera. Les taux d’inscription aux MOOC constituent une information publique accessible à tous sur la qualité des enseignants. Aujourd’hui, les étudiants aspirent à s’inscrire dans les meilleures universités définies en tant que telles du fait de l’excellence de leur recherche mise en évidence par des classements comme celui de Shanghai, et cela même si les chercheurs qui assurent le prestige de l’institution n’enseignent pas ou sont de piètres pédagogues. Demain, les étudiants pourront choisir une université en fonction de la qualité pédagogique des professeurs rendue visible par les plateformes de cours en ligne.

Les MOOC vont modifier le marché du travail des professeurs. Les universités pourront, avant de les recruter, évaluer les qualités pédagogiques des professeurs en visualisant leurs cours et en comparant leur nombre d’inscrits. Le recrutement des meilleurs enseignants permettra aux universités de justifier des frais de scolarité plus élevés. La concurrence entre les universités se fera aussi pour attirer les meilleurs pédagogues qui ont acquis une grande notoriété via leurs MOOC. Il sera alors rationnel pour les professeurs d’investir dans l’activité d’enseignement car la plus grande visibilité acquise via leurs cours en ligne augmentera leur valeur sur le marché du travail.

* Professeur à la Graduate School of Economics and Management de l’Université de Genève