Terminée la crise? Oui ou en passe de l’être, estiment la grande majorité des grands patrons interrogés par le cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC) dans le cadre de sa 13e enquête annuelle, présentée mardi soir à Davos. Seuls 18% des près de 1200 directeurs généraux (CEO) interrogés se disent encore pessimistes, contre 35% l’an dernier. Près d’un sur trois se dit «très confiant» quant à l’évolution de la situation au cours des douze prochains mois, contre seulement un sur cinq il y a un an. Une grande majorité pense même que la croissance est installée pour les trois prochaines années.

Derrière cet optimisme général pointe néanmoins une claire désillusion. Les CEO ne cachent pas qu’ils ont été surpris, et souvent même déstabilisés, par l’ampleur et la rapidité de la dégradation de la conjoncture. Le scénario du pire, soit le cyclone qu’a traversé l’économie mondiale suite à la crise financière déclenchée par l’effondrement des géants de Wall Street, n’avait pas été envisagé suffisamment sérieusement, reconnaissent-ils unanimes.

La preuve? L’an dernier, seuls 26% des patrons affirmaient s’attendre à devoir tailler dans les effectifs. Or un an plus tard, plus de la moitié avoue avoir dû se résoudre à licencier tandis que 80% ont au moins coupé dans les dépenses. Si la tendance est désormais inversée, puisque 40% des CEO pensent à nouveau recruter ces prochains mois, le sentiment n’en reste pas moins que la reprise ne sera pas semblables aux précédentes. Les raisons sont multiples et autant consécutives aux chocs subis par les entreprises en 2009 qu’aux changements vécus par la société tout entière.

Vers une surréglementation

D’abord les entreprises: une part toujours plus grande d’entre elles (38% cette année) dit vouloir se concentrer sur ses marchés existants, sans aucune volonté d’expansion géographique. Banques et groupes automobiles sont désormais les plus frileux. En 2007, seuls 23% de tous les directeurs sondés affichaient une telle retenue. Le fait qu’un très grand nombre de groupes ne songe même pas à emprunter pour investir – misant exclusivement sur les cash-flows générés par les activités de base – explique probablement ce phénomène de repli.

Quant à l’ensemble de la société, elle risque d’évoluer vers une surréglementation, craignent les patrons. Ces derniers saluent certes la coopération internationale qui se met en place pour éviter une nouvelle débâcle systémique, mais estiment que le surcroît de règles – que ce soit de surveillance ou de limitation des salaires des managers – que les Etats vont très vraisemblablement édicter leur sera préjudiciable. Financièrement, mais aussi opérationnellement. A ce titre, les directeurs d’entreprises basés dans les pays émergents sont les plus critiques, craignant vraisemblablement aussi une forme de protectionnisme déguisé.