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Morphotonix parie sur le chocolat aux effets holographiques, sans colorant ni additif

La start-up travaille avec plusieurs confiseurs. Elle vise également le secteur pharmaceutique

Vaida Auzelyte ouvre une boîte en carton dans laquelle se trouve un morceau de chocolat. Pas question de le toucher, encore moins de le manger. Fruit de plusieurs années de recherche, cette denrée sera commercialisée d’ici à la fin de l’année. Sa particularité? Il s’agit de chocolat aux effets holographiques. Chaque carré contient une image scintillante qui change de couleur en fonction de son exposition à la lumière.

«Ce chocolat ne contient ni additif, ni colorant», assure Veronica Savu, cofondatrice de Morphotonix, une start-up de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Le secret de fabrication réside dans le design du moule.

Emanant du Laboratoire des microsystèmes de l’EPFL, dirigé par le professeur Jürgen Brugger, la technologie permet de faire apparaître ces effets holographiques grâce à ce qu’on appelle une rugosité contrôlée de la surface. Certains insectes dans la nature possèdent cette particularité, à l’exemple du papillon «morpho». Ses ailes bleues sont en réalité incolores. Recouvertes d’innombrables et minuscules écailles transparentes, elles réfléchissent et réfractent la lumière. La couleur bleue du papillon morpho est ainsi due aux jeux de lumière dans les structures de ses écailles parfaitement régulières et non à la présence de pigments.

Vaida Auzelyte, Veronica Savu, Victor Cadarso et Shenqi Xie, une équipe internationale, ont allié leurs connaissances pour répliquer la nature et développer des moules possédant des microstructures capables, comme pour le papillon morpho, de réfléchir la lumière. Brevetée en 2012, la technologie permet de reproduire n’importe quelle couleur sur une surface courbe ou inclinée. «Les couleurs dépendent de la dimension des microstructures contenues dans le moule, ex­plique Vaida Auzelyte. Nous pouvons intégrer cette rugosité contrôlée sur n’importe quel objet ou surface en trois dimensions.»

«Aujourd’hui, les effets holographiques ne peuvent être réalisés que sur des surfaces planes et généralement selon un coûteux procédé de microlithographie. Nous pouvons le faire par moulage, ce qui diminue les frais de fabrication», affirme Veronica Savu.

Morphotonix a contacté plusieurs chocolatiers, à l’exemple de Blondel ou Durig à Lausanne. Elle a pu ainsi tester et affiner le procédé de fabrication. Les résultats sont intimement liés au moule mais aussi à la qualité du chocolat, à son contenu en beurre ou en cacao. «Le procédé de Morphotonix est génial et très surprenant. Toutefois, ces effets holographiques devraient surtout intéresser des chocolatiers qui visent des productions très design», estime Bastien Thibault, chef chocolatier chez Blondel.

Chez Läderach (le confiseur glaronais qui a repris les en­seignes Merkur), l’intérêt est marqué, comme l’explique son di­recteur, Ralph Siegl: «Depuis quelques années, nous sommes soumis à plusieurs tendances qui posent un défi particulier pour notre métier. Il y a une demande des clients en faveur d’une plus grande personnalisation de l’offre et une réglementation ali­mentaire de plus en plus excessive en matière d’ingrédients. La technologie de Morphotonix pourrait nous aider à répondre à ces deux problématiques.» Läderach compte poursuivre ses tests avec la start-up de l’EPFL.

«Dès cet hiver, un confiseur devrait présenter des figurines en chocolat avec notre savoir-faire», prévoit Veronica Savu, sans dévoiler un nom de chocolatier, confidentialité oblige.

Les moules sont fabriqués par l’entreprise Max Riner dans le canton d’Argovie. Morphotonix lui livre des plaques métalliques contenant les microstructures. Celles-ci servent à fabriquer des moules en plastique destinés à l’industrie alimentaire.

La start-up, basée à Ecublens, vise également d’autres secteurs, notamment le domaine de la pharma. «En donnant un effet holographique aux médicaments encapsulés dans du plastique alimentaire, nous ajoutons une plus-value en matière de contrefaçon, explique Veronica Savu. C’est d’ailleurs essentiellement dans ce secteur que nous réaliserons la majeure partie de nos ventes.» Si le chiffre d’affaires de Morphotonix ne devrait pas dépasser 100 000 francs en 2013, il pourrait atteindre 300 000 francs en 2014.

Morphotonix espère également convaincre le secteur horloger et certains fabricants de lunettes. «Le procédé s’intègre dans le procédé habituel de production industrielle», précise la jeune femme.

«Nous pouvons intégrer cette rugosité contrôlée sur n’importe quel objet en trois dimensions»

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