A elle seule, la nouvelle aurait suffi à faire réagir les investisseurs. Mais l’information selon laquelle la frappe américaine qui a mené à la mort du général iranien Qassem Soleimani a été directement ordonnée par Donald Trump a encore renforcé les inquiétudes.

Vendredi, les cours du pétrole étaient en hausse de plus de 3,5%. C’est la progression la plus importante depuis les frappes de drones qui avaient touché les installations saoudiennes, en septembre dernier. Ainsi, le prix du baril a flirté avec les 70 dollars, avant de se stabiliser à 68,50 dollars. Ce rebond est alimenté par la crainte que les représailles iraniennes se manifestent dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique entre le golfe Persique et l’océan Indien, à travers lequel transite environ un cinquième de l’or noir mondial. Même si l’offre reste abondante, ces inquiétudes interviennent par ailleurs dans un contexte de réduction de la production des pays de l’OPEP, décidée en décembre.

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Plus généralement, par peur d’une escalade entre l’Iran et les Etats-Unis, les investisseurs ont délaissé les actifs risqués pour s’orienter vers des valeurs plus sûres. Dans un marché davantage guidé par les algorithmes que par les intervenants en cette période de vacances, les principales places boursières européennes étaient en recul marqué vendredi matin, avant de limiter les pertes. La bourse de Francfort a perdu 1,25%. A Londres et à Paris, le FTSE 100 et le CAC 40 ont même fini dans le vert.

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L’aviation chute, le franc sautille

Par secteur, les pétrolières – Total à Paris ou BP à Londres – figuraient parmi les gagnantes les plus visibles, tandis que les compagnies d’aviation souffraient particulièrement. Lufthansa perdait par exemple 5%, Air France-KLM presque 8%. En Suisse, la valeur défensive Nestlé ou les financières Zurich et UBS étaient préférées aux titres plus sensibles aux aléas conjoncturels et géopolitiques, à l’image d’Adecco. A Wall Street, la séance a également démarré dans le rouge vif, avec un Dow Jones et un Nasdaq en recul de 1,25% à l’ouverture.

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Avant les séances boursières en Europe et aux Etats-Unis, les marchés asiatiques avaient été coupés dans leur élan haussier. Tokyo, fermé pour les festivités du Nouvel An, ne rouvre que lundi. Mais au Japon, il y a déjà un gagnant: le yen qui, comme d’autres valeurs refuges, a profité de cette fuite vers la sécurité. Le cours de l’once d’or a augmenté de 1,5% à 1548 dollars. Le franc, qui avait déjà un peu progressé depuis le début de l’année, a aussi connu un sursaut. La paire euro-franc s’échangeait à 1,0840 environ. Le dollar-franc, lui, valait 0,9740.

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