échanges

Moscou ébranlé par le relâchement de l’économie allemande

Les effets de la crise sur Berlin signalent l’ampleur des problèmes qui attendent la Russie. L’économie du premier partenaire commercial européen du pays pourrait subir une érosion de moitié en 2013

Les prévisions de la Commission européenne sur la croissance allemande sapent l’humeur des experts du Ministère de l’économie russe. Selon Bruxelles, l’économie allemande va voir sa croissance divisée par deux en 2013 (0,8% contre 1,7% cette année). Et alors que la locomotive de l’Union européenne s’essouffle, la moyenne de la croissance dans l’Union devrait purement et simplement caler à 0,1% en 2013 contre 1% cette année. Jusqu’ici, de nombreux experts espéraient au contraire que l’année 2013 serait celle de la reprise.

Même si la Chine a, depuis l’année dernière, devancé l’Allemagne dans le classement des partenaires commerciaux de la Russie, le grand voisin occidental reste fondamentalement important pour l’économie russe. Berlin continue d’être le premier consommateur de l’énergie russe à travers les gazoducs et oléoducs liant le destin des deux pays. En outre, l’Allemagne est le premier investisseur étranger en Russie.

Le Kremlin ne cesse de rappeler son intention d’augmenter rapidement ses échanges avec l’Asie, notamment par la construction d’oléoducs et de gazoducs vers la Chine, afin de réduire sa dépendance envers les clients européens. Dans les faits, la Chine ne montre pas le même empressement, et d’ailleurs, l’économie chinoise subit elle-même un ralentissement significatif.

Une chose est certaine pour tous les observateurs: l’économie russe ne pourra pas éviter les turbulences créées par la crise de la zone euro. «L’Union européenne continue à représenter plus de 50% de nos exportations», a rappelé le vice-premier ministre, Igor Chouvalov, le 30 octobre.

L’expérience de 2008-2009 a montré que l’économie russe se maintient très bien en début de crise, créant l’illusion de passer à travers les gouttes d’eau. Mais, au bout de six mois, c’est l’effondrement. Très peu diversifiée, l’économie russe s’est contractée de 8% en 2009 à cause de la baisse des cours des matières premières (pétrole, gaz et métaux principalement). L’Europe restant le principal marché pour les exportations russes, celles-ci vont plonger avec pour résultat une énorme réduction des recettes budgétaires. Les taxes sur l’extraction et l’exportation de matières premières représentent plus de la moitié des recettes publiques russes. Ce qui tombe particulièrement mal alors que Vladimir Poutine a promis au moment de sa réélection, en mars dernier, une grosse augmentation des dépenses publiques (réarmement, aides sociales). Des dépenses qui ne sont supportables par le budget que si le baril de brut reste au-dessus des 120 dollars. Vendredi, le Brent était à 109 dollars le baril.

Le Ministère de l’économie n’a pas encore corrigé ses prévisions de croissance (3,5% pour 2012 puis 3,7% l’année prochaine), mais l’Ecole supérieure d’économie de Moscou a pris les devants. Ses économistes calculent que, même avec un baril à 110 dollars, la croissance russe va tomber à 2% en 2013 et à 1,5% en 2015. Au Ministère des finances, une source ­estime que la crise européenne fera au minimum perdre 1% de croissance à la Russie et qu’une «correction des prévisions est nécessaire à cause de la baisse inévitable des exportations de matières premières».

A cela vont s’ajouter des problèmes financiers. L’économie russe pourrait subir un second choc à cause de la fermeture de l’accès au crédit pour les sociétés russes, qui ont une dette extérieure totale autour de 120 milliards d’euros. Les options de refinancement vont devenir de plus en plus problématiques à mesure que le credit crunch s’intensifie.

Allemands et Russes auront l’occasion, cette semaine, de partager leurs angoisses. De passage à Moscou le 16 novembre, la chancelière allemande, Angela Merkel, accompagnée d’une grosse délégation d’hommes d’affaires, s’entretiendra avec le président russe, Vladimir Poutine.

L’Allemagne estle client énergétique principal de la Russie. Les deux pays pourront partager cette semaine leurs angoisses

Publicité