Moscou envisage de réduire sa production de pétrole

La baisse de 30% depuis juin du cours du pétrole rapproche les principaux pays producteurs, OPEP comme non alignés. «Nous avons discuté de la situation du marché et de coordination», a indiqué mardi le ministre des Affaires étrangères vénézuélien, Rafael Ramirez, pour décrire une réunion tenue entre le Venezuela, l’Arabie saoudite (tous deux appartenant à l’OPEP) et les deux principaux producteurs non alignés: la Russie et le Mexique, non membres du cartel.

Le Kremlin, par la voix du ministre de l’Energie, Alexander Novak, a laissé entendre la semaine dernière qu’il envisageait de réduire sa production, même si aucune décision définitive n’a été prise. La Russie produit actuellement au rythme de 10,5 millions de barils par jour, et pourrait choisir de réduire sa production de 300 000 barils par jour, d’après les experts. La compagnie Rosneft aurait réduit sa production de 25 000 barils par jour. Reste qu’il n’existe, pour l’instant, aucun mécanisme centralisé pour réduire la production.

«Offre et demande faussées»

Certains groupes pétroliers privés comme le numéro deux russe Lukoil s’opposent à cette mesure, qui «fausserait les rapports entre l’offre et la demande», selon son patron Vaguit Alekperov. Pour des raisons climatiques, les puits de pétrole sibériens ne peuvent être arrêtés sans causer des problèmes techniques.

D’autre part, fort de sa qualité (retrouvée) de premier producteur mondial de pétrole et campé sur son désir de souveraineté sans compromis, Moscou a toujours considéré l’OPEP avec dédain.

Mais la baisse du prix du pétrole (le Brent est repassé mardi sous la barre des 80 dollars) vient s’ajouter à deux problèmes graves et relativement récents: l’isolation diplomatique liée à la crise ukrainienne, qui a conduit à des sanctions économiques, et une panne sèche de croissance depuis fin 2013.

Les revenus issus des hydrocarbures représentent la moitié des recettes du budget fédéral russe, déjà grevé par les dépenses sociales promises par le président, Vladimir Poutine, et par les monstrueuses dépenses militaires.

Du coup, la Russie se retrouve plus vulnérable que jamais à la baisse du prix du baril. Le budget russe trouve officiellement son équilibre avec un baril autour de 100 dollars, mais certains économistes estiment que l’équilibre réel se trouve autour de 115 dollars, à cause de l’accumulation des problèmes économiques ces derniers mois. Un seuil à comparer avec celui de la plupart des pays du Golfe, capables d’endurer sur de longues périodes un baril entre 60 et 80 dollars.

L’Etat russe a certes pour lui de n’être que faiblement endetté et d’avoir sous le coude les réserves de 428 milliards de dollars de la banque centrale. Mais cette protection risque de s’effriter en raison d’une économie peu di­versifiée.

Le rouble a tendance à suivre mathématiquement la courbe du prix du pétrole. La devise nationale a également perdu 30% de sa valeur au cours des derniers mois, et la banque centrale a dépensé 50 milliards de dollars pour soutenir le rouble.

Croissance en berne

L’OCDE vient d’abaisser son pronostic sur la croissance russe à cause de la faiblesse du baril. La croissance devrait être de 0,3% cette année, nulle en 2015 et de 1,6% en 2016, selon un rapport publié mardi. L’organisation n’exclut pas une récession si les prix du pétrole continuent de baisser ou si les sanctions économiques contre la Russie s’accentuent.

Pour le ministre des Finances russe Anton Silouanov, les sanctions vont faire perdre 40 milliards de dollars par an à son pays. Mais le pétrole est nettement plus crucial. Si le baril reste à son niveau actuel, les pertes dues à la chute des prix du pétrole atteindront les 100 milliards de dollars, a prévenu lundi Silouanov.

La baisse des cours du pétrole met en péril le futur de l’industrie pétrolière. Le niveau actuel du prix du baril (autour de 80 dollars) se trouve sous le seuil de rentabilité des futurs gisements pétroliers sur lesquels la Russie compte pour maintenir son potentiel.

Ces futurs gisements se trouvent dans des régions très inhospitalières, en Sibérie orientale, ou dans l’océan Arctique, loin de toute infrastructure de transport. Ils requièrent d’énormes investissements et l’acquisition de technologies étrangères, qui tombent précisément sous le coup des sanctions contre la Russie.