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Moscou veut faire oublier Yukos en lançant Rosneft en Bourse

Le Kremlin propose aux marchés les actions de Rosneft, le groupe public au cœur de cette saga politico-judiciaire. Une introduction censée attirer les étrangers malgré les risques politiques.

Tant attendue par le Kremlin comme par les investisseurs étrangers, cela doit être en Russie l'entrée en Bourse de l'année. Rosneft, le groupe pétrolier public, troisième producteur du pays, vient en effet d'annoncer les détails de son ouverture de capital. Avec un calendrier officiel: ouvrir la souscription d'actions auprès des individus entre le 26 juin et le 10 juillet. Et avec une ambition officieuse selon les kremlinologues et les analystes financiers: terminer cette entrée en Bourse le 14 juillet. C'est-à-dire à la veille du G8 de Saint-Pétersbourg durant lequel la Russie, actuelle présidente du prestigieux club, veut montrer son statut de superpuissance énergétique.

Un rachat synonyme de farce

Cette introduction est en effet hautement politique car elle s'inscrit dans les suites de l'affaire Yukos que le Kremlin du président Vladimir Poutine est soupçonné d'avoir orchestrée pour à la fois construire un nouveau géant pétrolier russe et se débarrasser d'un potentiel concurrent politique. C'est Rosneft qui, en décembre 2004, avait racheté la principale filiale du groupe de Mikhaïl Khodorkovski au terme d'une vente aux enchères jugée de «farce» par de nombreux observateurs indépendants. Le célèbre oligarque est aujourd'hui en prison au fin fond de la Sibérie et le groupe qui a récupéré le joyau de son empire a lancé une opération de charme auprès des potentiels acheteurs de ses actions. Rosneft, actuellement détenu à 100% par l'Etat, prévoit de se lancer à la fois sur les Bourses de Moscou (sous la forme d'actions ordinaires) et de Londres (par le biais de GDR, des certificats négociables représentant des actions d'entreprises étrangères). Le groupe a déjà annoncé que les simples particuliers en Russie pourront acquérir des titres. Mais c'est pour les grandes banques d'investissement que l'opération pourrait se révéler très attractive: Rosneft, qui au premier trimestre de cette année a enregistré un chiffre d'affaires de 7,5 milliards de dollars et des bénéfices nets de plus de 800 millions de dollars, est un géant du pétrole. Après l'ouverture partielle du capital de Gazprom, le géant gazier, l'entrée en Bourse de l'ex-petit groupe public transformé en major devrait séduire tout détenteur de portefeuilles spécialisé dans l'énergie. Ni le niveau d'ouverture du capital ni le montant de l'opération n'ont cependant encore été précisés. Selon la presse moscovite, cette introduction devrait lever quelque 10 milliards de dollars.

Rosneft, qui a besoin de cash pour rembourser ses dettes contractées depuis le rachat de la filiale de Yukos, a commencé son road show. Il en a confié la coordination aux banques internationales ABN AMRO Rothschild, Dresdner Kleinwort Wasserstein, JP Morgan et Morgan Stanley. Cette grande opération de communication ne suffit toutefois pas à lever les doutes sur les risques de l'entrée en Bourse. La gouvernance de Rosneft, une grosse machine post-soviétique, est remise en cause pour son manque d'efficacité et de transparence. Craignant une forte intervention de l'Etat, les investisseurs redoutent aussi de potentielles retombées de l'imbroglio juridique dans laquelle se trouve toujours l'ex-filiale de Yukos devenue filiale de Rosneft. Le groupe se compose par ailleurs d'une multitude de filiales dont la consolidation se révèle d'autant plus difficile que leurs actionnaires minoritaires font monter les enchères. D'aucuns soupçonnent du coup Rosneft de vouloir trop hâter l'opération à des fins... politiques.

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