Automobile

Moteurs truqués: VW négocie

Les discussions ont commencé en Suisse entre AMAG et la Fédération romande des consommateurs

Les choses commencent à bouger dans le vaste dossier de la réparation des dommages causés par la vente de moteurs truqués par le groupe allemand Volkswagen (VW). Vendredi dernier, une première négociation s'est déroulée en Suisse alémanique entre l'importateur AMAG et la Fédération romande des consommateurs (FRC).

«L'échange a été respectueux et constructif. Il y avait une bonne écoute de la part des deux représentants d'AMAG», souligne Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC. Il portait les revendications de plus de 4000 personnes qui se sont appuyées sur les conseils de la FRC pour défendre leurs droits et demander réparation.

C'est la première rencontre concrète avec des représentants d'AMAG depuis l'éclatement, le 22 septembre, du scandale des 11 millions de moteurs diesel truqués pour passer l'examen des normes de pollution aux oxydes d'azote (NOx). Près de 129 000 véhicules sont concernés en Suisse. A cela s'est ajoutée, le 5 novembre, la révélation, par une dénonciation interne au groupe VW, que les normes de CO2 sont aussi dépassées. 800 000 véhicules, à moteur diesel et essence, dont environ 10 000 en Suisse sont concernés.

Convention-cadre pour les réparations en négociation

La FRC entend faire signer à AMAG une convention cadre qui l'engage à procéder à toutes les réparations directes et indirectes requises. Cela concerne la remise en état du véhicule, au niveau du logiciel et de la mécanique, comme les conséquences financières liées à sa possession, notamment la perte de valeur de revente ou la consommation exagérée.

«Je pense aussi que, comme aux Etats-Unis, une prime pour regagner la confiance perdue doit être offerte», ajoute Mathieu Fleury. Outre-Altantique, VW a prévu une compensation de 1000 dollars (1008 francs), dont la moitié doit être dépensée dans une agence VW. Selon la FRC, le consommateur doit aussi avoir droit à l'annulation du contrat et au remboursement du prix d'achat. Ce sera sans doute le point du cahier de revendications le plus difficile à obtenir car AMAG, dans les lettres-modèles remises à ses clients, ne reconnaît pas l'annulation du contrat.

«L'affaire du CO2 doit aussi s'intégrer dans la solution proposée, même si le cas est un peu différent», exige Mathieu Fleury. Le projet de convention sera envoyé ces prochains jours à AMAG qui aura jusqu'à la fin du mois pour y répondre. L'importateur suisse doit déterminer ce que prendra en charge le constructeur allemand et ce qu'il serait disposé à faire en plus.

Matthias Müller, le nouveau patron du groupe VW après la démission, le 23 septembre, de Martin Winterkorn, a affirmé au Bureau européen des unions de consommateurs que les opérations de réparation, en Europe, seraient basées sur les directives du bureau allemand des automobiles (KBA). Les mesures technique seront décidées d'ici la fin du mois en vue du rappel des véhicules diesel dès janvier 2016. «Nous allons tout faire pour regagner la confiance perdue auprès de tous nos partenaires, et en particulier les consommateurs», a affirmé Matthias Müller.

Les spécialistes estiment que l'opération de rappel, pour la seule Allemagne où 2,4 millions de véhicules sont touchés, durera toute l'année 2016. Un véhicule sur cinq devra subir des modifications mécaniques en plus d'une mise à jour informatique.

Les actions au plan civil, sur la base d'un formulaire d'avis des défauts mis à disposition par la FRC, n'empêchent pas des actions au plan pénal pour tromperie, voire escroquerie. La FRC en a recueilli quelque 700 qui ont été transmises au Ministère public de la Confédération qui coordonne les opérations, bien qu'en droit suisse l'action collective en justice n'est pas reconnue.

«Responsabilité à clarifier»

Puisqu'une convention-cadre est en bonne voie d'être signée, pourquoi poursuivre au plan pénal? «Il y a un certain nombre de responsabilités à clarifier. Il n'est pas question de songer à appeler à retirer ces plaintes avant que les promesses faites par AMAG et VW deviennent réalité», souligne Mathieu Fleury.

L'annonce d'émissions trop élevés de CO2, qui a été faite par des employés de VW encouragés par une amnistie interne valable jusqu'à la fin du mois pour faire toute la transparence dans le groupe et réorienter la culture d'entreprise, complique encore la situation. Sur les 800 000 véhicules suspectés depuis l'année de construction 2012, 100 000 sont équipés d'un moteur à essence et la moitié sont des modèles 2016.

VW estime le risque financier supplémentaire à 2 milliards d'euros (2,16 milliards de francs), qui viendront s'ajouter aux 6,7 milliards déjà provisionnés.

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