Industriels et opérateurs de téléphonie mobile vivent de très fortes turbulences: ventes d'appareils en chute libre et plongeon des valeurs en Bourse. Le groupe américain Motorola n'échappe pas à ce marasme. C'est lui qui, fin février, avait provoqué l'effondrement des valeurs du secteur en prévenant les investisseurs qu'il ne tiendrait pas ses objectifs de chiffre d'affaires et de résultats pour le premier trimestre. Il n'a pas exclu non plus d'essuyer une perte… qui serait la première depuis le troisième trimestre 1985, si le ralentissement de l'économie américaine se poursuivait. Le groupe a alors pris des mesures drastiques en supprimant 9100 emplois (6,5%) de ses effectifs au cours des derniers mois. L'entreprise a aussi réduit son programme d'investissement industriel, le ramenant en dessous de 2,5 milliards de dollars contre 4 milliards en 2000. Pour tenter de remonter la pente, l'équipementier américain cherche désormais de l'argent liquide pour parer au plus pressé.

Quand tout allait bien, le groupe a pris des participations dans toute une série d'opérateurs de téléphonie mobile du monde entier, histoire de s'assurer des parts de marché en vendant conjointement l'appareil et l'abonnement. Ces investissements datent d'il y a quinze ans, lors de l'expansion du groupe à l'extérieur des Etats-Unis. Aujourd'hui, Motorola vend ses participations dans cinq opérateurs, ce qui devrait lui permettre de récupérer rapidement un milliard de dollars (avant impôts).

Dans le détail, depuis le début de l'année, ces opérations ont permis à Motorola de vendre ses 50% dans l'israélien Pelephone au groupe Shamrock, ses 34% dans le brésilien Global Telecom à ses propriétaires et sa part dans l'égyptien MobilNil à France Télécom. Le groupe a aussi vendu sa participation dans l'égyptien Orascom et ses 26% dans le jordanien FastLink. La cession de ses 30% dans le pakistanais

Mobilink devrait être finalisée prochainement, selon un communiqué du groupe. Ce désengagement massif dans les opérateurs devrait toutefois se poursuivre. Motorola a aussi passé des accords pour vendre ses intérêts dans des sociétés à Hong Kong et au Mexique, ce qui devrait lui permettre de récupérer encore 2 milliards de dollars de liquidités supplémentaires au cours du troisième trimestre. Le groupe a aussi l'intention de céder ses participations dans des opérateurs de téléphonie mobile en Argentine, en Azerbaïdjan, en République dominicaine, au Honduras, en Lituanie et en Uruguay. Dans ces pays, les participations dans des opérateurs locaux s'échelonnent entre 22 et 35%.

Tous les secteurs d'activité du groupe – téléphonie mobile, mais aussi semi-conducteurs et centraux téléphoniques – sont en plein ralentissement. «Motorola a besoin de liquidités, explique Marco Rastaldi, gestionnaire du fonds télécoms chez Pictet & Cie. En vendant ses participations, il prend des mesures défensives.» Le ralentissement conjoncturel des Etats-Unis n'est pas non plus étranger à cette stratégie. Trouver des crédits raisonnables, malgré la baisse des taux, est plus difficile pour les entreprises. «Le coût du capital a fortement augmenté», précise Marco Rastaldi. Du coup, on comprend mieux pourquoi Motorola préfère vendre ses participations plutôt que d'emprunter de l'argent.

Autre désengagement

Une autre solution pourrait être encore envisageable: la vente d'un de ses trois domaines industriels? Selon les experts, la question a été souvent posée à Motorola qui a pour le moment toujours répondu que ces trois secteurs étaient complémentaires et qu'ils fournissaient des synergies intéressantes. La reconfiguration des grands groupes de téléphonie pourrait toutefois s'accélérer. Selon l'estimation des fabricants de téléphones portables, le marché des mobiles sera en dessous de leurs attentes. Ils prévoyaient des ventes dans une fourchette de 525 à 575 millions d'unités, alors qu'elles pourraient être en dessous des 500 millions.