Rétrospective

Les mots qui ont façonné 2017

Résolument «Goldilocks», l’année qui s’achève aura carburé au numérique, au glyphosate et aux ICO, tandis que les randsomware et l’edtech faisaient leur grande apparition. Vous n’avez pas tout compris? On vous explique

L’année 2017 avait commencé dans l’incertitude. Quelles seraient les conséquences de l’arrivée d’un Donald Trump élu président des Etats-Unis sur un projet politique de repli et de protectionnisme? Et du Brexit, c’est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne?

Fin 2017, le brouillard s’est dissipé. La reprise économique actuelle, 3,6% pour l’année selon le Fonds monétaire international, a une assise plus large que toute autre reprise de ces dix dernières années et 75% de la population mondiale profite de cette accélération. Les marchés financiers ont enchaîné les records. Les politiques monétaires expansionnistes ont joué un rôle fondamental pour relancer l’investissement et la consommation.

Mais il y a aussi l’envers du décor. Les pays exportateurs de matières premières sont encore sous le choc de l’effondrement des prix. Le chômage reste élevé, y compris dans les pays riches. Les risques politiques, notamment au Proche-Orient demeurent. Les déséquilibres budgétaires sont toujours là. Selon l’OCDE, le spectre d’une crise de la dette rôde de nouveau. Et surtout, les inégalités entre pays et à l’intérieur des pays se sont fortement creusées. Retour sur une année à travers les mots qui l’ont façonnée.

Digital Day

Plus de 150 000 Suisses ont participé le 21 novembre aux manifestations marquant la première édition de Digital Day. Cette initiative de Digitalswitzerland (sous l’impulsion notamment de Ringier, copropriétaire du Temps) qui regroupe des entités publiques et privées symbolise la volonté partagée de collaboration en matière de technologie numérique. Les enjeux concernent tous les pans de la société (éducation, santé, retraite, mobilité). Il s’agit de gagner en productivité et en compétitivité afin que le pays puisse maintenir son haut niveau de vie grâce à la numérisation, à la robotisation et à l’intelligence artificielle. (RE)

EdTech

L’éducation reste encore très traditionnelle, avec des classes et un enseignement qui n’ont pour ainsi dire pas changé au fil des années. Pourtant, cela va bouger. Il y a une volonté politique de numériser l’éducation. Les EdTech souhaitent bousculer les approches pédagogiques grâce à la technologie: cours en lignes, plateformes d’apprentissage à distance, avatars, vidéo, etc. Les EdTech répondent aux demandes des utilisateurs habitués, dans leur vie quotidienne, aux smartphones et aux tablettes. (GB)

E-sport

Vous les imaginez en pyjama sur leur canapé? Détrompez-vous: les joueurs de jeux vidéo possèdent leurs propres compétitions sportives réunissant les plus fines gâchettes des jeux de tir numériques ou les spécialistes du football numérique. Les tournois d’e-sport réunissent des milliers de spectateurs. Ce fut le cas, fin novembre à Lausanne, pour la première édition de l’International Gaming Show. Et, à l’heure où les clubs sportifs traditionnels se dotent de leurs propres équipes de gamers, vous aurez sans doute l’occasion d’utiliser le mot «e-sport» en 2018. (ABC)

FabLab

Le concept est né aux Etats-Unis. Il consiste en un laboratoire de fabrication, un lieu où tout le monde peut venir passer de l’idée à l’objet, grâce notamment à des imprimantes 3D. Il existerait un millier de FabLabs dans le monde, et plus d’une quinzaine en Suisse. (GB)

Finlande

Lorsque Nokia s’est fait dépasser par Apple et Samsung, c’est toute l’économie finlandaise qui a trébuché. Comme un malheur ne vient jamais seul, l’industrie papetière s’est aussi effondrée à la suite de la chute de la demande. Mais après plusieurs années de déprime, l’homme malade de l’Europe du nord a retrouvé la forme et finit 2017 en confiance. Au premier trimestre, la croissance a été 1,2%, une première depuis 2010. Les raisons de l’embellie: le pays a créé un écosystème favorable à l’innovation et redéployé son savoir technologique et son capital humain dans d’autres domaines comme la santé, qui est devenu un grand secteur d’exportation. (RE)

Geeker

Verbe actif dérivé du nom «geek». Cet anglicisme désigne une longue période passée devant l’écran de son MacBook Air ou à réparer le drone reçu en cadeau à Noël dernier, généralement au détriment d’une activité plus productive. Contrairement au «nerd», le geek n’a pas besoin d’être particulièrement doué avec l’informatique. Mais il partage sa passion pour Star Trek, les pulls très laids et tout ce qui est nouveau. Du pain bénit pour les GAFA, les start-up et autres marchands de technologie. (ABC)

Génération Netflix

Sans conteste l’un des concepts de l’année. Beaucoup entendu autour du débat sur «No Billag». Et probablement aussi en 2018, pendant les longs mois qui vont précéder la votation sur le financement du service audiovisuel public. Le terme désigne un nouveau mode de consommation des biens immatériels, porté par une jeune génération friande d’abonnements à la carte et de ses petits écrans. Problème pour les diffuseurs: ces consommateurs 4.0 ne comprennent pas pourquoi ils devraient payer pour financer des programmes qu’ils ne regarderont jamais (par exemple le duel Jean-Pierre vs Guy-François dans C’est ma Question!). Or la jeune génération oublie parfois que ce sont ces mêmes Guy-François qui financent les programmes dont elle raffole. (ABC)

Goldilocks

Littéralement, «Boucle d’or», comme dans le conte avec les trois ours, dans lequel une petite fille explorait la maison d’une famille de plantigrades partie se promener en attendant que leur soupe refroidisse. Boucle d’or goûta tous les bols et préféra celui qui n’était ni trop chaud ni trop froid. Pareil avec les fauteuils et les lits, ni trop durs ni trop mous, ni trop grands ni trop petits.

En 2017, l’économie mondiale a suivi la tendance «Goldilocks». Elle a bénéficié de tous les ingrédients d’une situation équilibrée et dans les bonnes proportions. Une croissance stable permettant d’éviter tout risque de récession, mais pas forte au point provoquer de l’inflation, ce qui aurait obligé les banques centrales à relever leur taux d’intérêt, et donc à ralentir le rythme d’expansion.

L’année 2018 risque bien de marquer la fin de cette économie «Boucle d’or», avec la sortie progressive des politiques monétaires non conventionnelles. Personne ne sait vraiment ce qui va se passer. Et cette fois, la véritable Boucle d’or n’est d’aucun secours: le conte connaît plusieurs versions, avec différentes fins. Les ours effraient la fillette et reprennent leur dîner, ou lui indiquent le chemin du retour. Ou même la tuent. (SR)

Glyphosate

A Bruxelles et bien au-delà, le feuilleton a animé l’année 2017. Les Etats membres de l’UE allaient-ils renouveler la licence du glyphosate, qui expirait le 15 décembre? L’échéance a provoqué de vifs débats, alors que la société civile ne semble jamais avoir été autant opposée à l’utilisation de l’herbicide. Les études à son sujet se contredisent mais le doute s’est durablement installé sur l’intégrité de celles qui considèrent que ses effets cancérogènes ne peuvent être prouvés. Mais ce que critiquent aussi les opposants, c’est le poids du lobbyisme de l’industrie agrochimique auprès des législateurs et des décideurs européens. En ligne de mire, essentiellement, Monsanto et son fameux Roundup. Pour l’instant, le groupe américain a remporté une bataille. Il a obtenu début décembre une prolongation de cinq ans. On ne sait pas encore si le dossier glyphosate reviendra sur le devant de la scène avant 2022. (SP)

Hackathon

Les premiers datent d’il y a une dizaine d’années, mais jamais ont-ils été aussi populaires qu’en 2017. Inégalités, environnement, droit, les hackathons ont envahi tous les domaines. Ces réunions, qui durent généralement le temps d’un week-end, rassemblent des experts, des hackers ou, simplement, des personnes intéressées par une thématique, pour essayer de trouver une solution technologique à un problème. (MF)

Hodinkee

En 2017, Hodinkee s’est imposé dans le microcosme horloger. Parti de rien en 2008, le petit site média en ligne fondé par l’ancien d’UBS Benjamin Clymer est devenu grand. Pour combler la chute des revenus publicitaires, il a toujours visé une diversification vers l’e-commerce (bracelets, livres horlogers, etc.). Depuis novembre 2017, il est passé à la vitesse supérieure et écoule directement plusieurs références de huit marques d’horizons différents (dont Vacheron Constantin, Longines, Grand Seiko ou Zenith). Où s’arrêtera son appétit? (VG)

ICO

Ces levées de fonds en cryptomonnaies – ICO signifie «Initial Coin Offering» – permettent de financer des entreprises qui n’existent pas encore, mais qui ont un projet technologique prometteur. Ou fumeux, ça a également marché durant l’année écoulée, montrant à quel point la frénésie des ICO a battu son plein. La Suisse est l’un des pays les plus actifs en la matière, avec quatre des dix plus grandes ICO de 2017 lancées depuis la «Crypto Valley» zougoise. La plus célèbre est celle de Tezos, qui a permis de lever l’équivalent de 232 millions de dollars l’été dernier. La somme est bloquée à cause d’un conflit entre les différents dirigeants impliqués. Ce qui ne l’a pas empêchée de tripler de valeur depuis, grâce à la hausse du bitcoin et d’autres cryptomonnaies. (SR)

Inflation

Jerome Powell, le président désigné de la Réserve fédérale américaine, saura-t-il gagner le pari de l’inflation là où Janet Yellen, l’actuelle patronne, a échoué? La Banque centrale européenne (BCE) n’a pas non plus atteint l’objectif de 2% par an. En cause aux Etats-Unis comme dans la zone euro, la faible dynamique des salaires et des prix, ainsi que la baisse des prix des matières premières. Ainsi s’explique la prudence de Mario Draghi, le président de la BCE, dans le resserrement de sa politique d’expansion monétaire. (RE)

Intelligence artificielle

C’est l’un des mots à la mode en 2017. L’intelligence artificielle se retrouve dans tous les logiciels, ou presque: dans notre smartphone qui nous conseille notre tenue vestimentaire le matin en fonction de la météo, dans les systèmes internes des call centers pour traiter des e-mails de clients ou dans des applications de biométrie. Si l’intelligence artificielle est un terme marketing, c’est aussi une réalité. De plus en plus d’entreprises créent des systèmes, nourris par des bases de données gigantesques, des systèmes qui apprennent petit à petit et qui sont ensuite capables de prendre des décisions de plus en plus affûtées. Si Google, Amazon ou Microsoft sont les champions en la matière, des entreprises de plus petite taille ont aussi une carte à jouer dans ce domaine. (AS)

Mondialisation

C’est le monde à l’envers. Début 2017, le président communiste chinois Xi Jinping s’est fait chantre de la mondialisation. Synonyme de libéralisme économique et moteur de la croissance depuis des siècles, elle n’a jamais été aussi malmenée que depuis l’arrivé de Donald Trump à la Maison-Blanche. En proclamant «Buy American», le président américain défend la préférence nationale. «Il faut certes rééquilibrer la mondialisation et la rendre inclusive, a déclaré le président chinois au Forum de Davos en janvier. Mais la mondialisation est un fait historique irréversible.» (RE)

Paiement par smartphone

Le paiement via son téléphone mobile progresse en Suisse. Cette année a vu les services helvétiques Twint et Paymit fusionner, pour ne prendre que le nom du premier. Il est aujourd’hui utilisé par 40% des Suisses qui paient avec leur smartphone, devant le service Apple Pay (33%) et Samsung Pay (17%), selon un récent sondage de Deloitte. Twint a fait de gros progrès ces derniers mois en autorisant un débit direct depuis son compte bancaire et en multipliant les bornes dans les magasins. Il y a des kiosques, de nombreuses petites échoppes, les magasins de Coop, mais pas encore ceux de Migros. Apple Pay est, quant à lui, réservé aux utilisateurs d’un iPhone et de certains types de cartes de crédit, minoritaires en Suisse. Android Pay, la solution de Google, pourrait être lancé dans les prochains mois en Suisse. (AS)

Proptech

Elles sont des dizaines à émerger. Et elles ont toutes un point commun: les proptech, diminutif de Property Technology, envahissent peu à peu le secteur de l’immobilier. Ces entreprises ont pour ambition de révolutionner les modèles traditionnels en numérisant des pans entiers de la chaîne de valeur de la pierre.

A peu près toutes les prestations immobilières sont concernées par ces disruptions technologiques. Selon une étude de Credit Suisse publiée fin octobre, ces start-up sont surtout concentrées dans les domaines de la gestion – des actifs immobiliers ou des installations, de la commercialisation ou de la location, ainsi que dans les processus de visualisation des biens immobiliers. Le sondage de la banque montre aussi que 60% des proptech comptent entre 1 et 5 employés. (SP)

Ransomware

On les appelle ransomwares, rançongiciels ou logiciels d’extorsion. Leur objectif: paralyser totalement l’ordinateur des victimes pour les forcer à payer une rançon pour retrouver l’usage de leur machine. Ces logiciels malveillants existent depuis des années mais ils ont explosé en 2017, notamment via l’attaque, en mai 2017, du logiciel WannaCry. Des centaines de milliers de PC ont été infectés par ce ransomware et un nombre indéterminé d’internautes ont accepté de payer une rançon d’environ 300 francs. Les auteurs de WannaCry ont exploité une faille dans des ordinateurs tournant sous Windows XP, que Microsoft ne met plus à jour depuis des mois. Il a fallu plusieurs jours, dans certains cas plusieurs semaines, à des particuliers, des PME et des multinationales pour retrouver l’accès à leurs machines. Plusieurs vagues de ransomwares ont suivi les mois suivant Wannacry. Du coup, les appels pour mettre à jour en permanence son ordinateur se sont multipliés. (AS)

Robot

Il y en a pour tous les goûts. Avec la nouvelle vague d’automatisation et l’avancée rapide de l’intelligence artificielle et du deep learning, toute machine un tant soit peu intelligente peut désormais être assimilée à un robot. Que ce soit un humanoïde, un bras articulé, un drone, un jouet, une arme, un conseiller financier, un assistant personnel ou un algorithme.

Dario Floreano, le directeur du pôle suisse de recherche dédié à la robotique, tient à être précis: «Un robot, c’est un système physique, c’est l’interface entre l’intelligence artificielle et le monde réel.»

Mais quels que soient leur forme et leur degré d’intelligence, les robots sont en train d’envahir notre quotidien professionnel et privé. Ils sont partout et posent des questions fondamentales aux humains: en 2017 plus que jamais auparavant, on a débattu des problèmes sociaux, éthiques, fiscaux, et bien d’autres, que les machines d’aujourd’hui et de demain pourraient provoquer. (SP)

«Swiss Made»

Depuis janvier 2017, il est un peu plus difficile d’écrire «Swiss Made» sur le cadran d’une montre. Les lois ont changé et il faut désormais que 60% de la valeur totale de la tête de montre (et plus seulement du mouvement) proviennent de Suisse. Le débat n’est pas clos pour autant. D’une part, parce que la législation permet toujours à quantité de marques de s’approvisionner légalement en Asie (ce qui fâche certains), d’autre part parce que les règles concernant les montres connectées sont encore floues. A coup sûr, les discussions se poursuivront en 2018. (VG)

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