Peu de personnes connaissent Migros aussi bien qu'Yvette Jaggi. Elle a fait sa thèse sur la concentration dans le secteur de la distribution, dirigé une association de consommatrices. En 1980, elle affronta un certain Pierre Arnold et obtint contre lui un score honorable. Ce fut l'unique élection Migros ouverte, disputée.

A l'époque, le mouvement M-Renouveau atteignait son apogée. Réseau de mouvements tiers-mondistes, sociaux, écologistes, il dénonçait – bien plus fort que ne le fait Pierre Arnold aujourd'hui – la logique économique qui tuait les idéaux du fondateur Duttweiler. Dans la queue de comète de Mai 68, M-Renouveau voulait tout: une entreprise hyperdécentralisée, généreuse avec ses employés, les paysans et les clients, redresseuse des torts multiples de la société du profit.

L'ampleur même de ces demandes renfermait un hommage: Migros restait un modèle, une Suisse idéale. Aujourd'hui, c'est une entreprise inquiète de voir sa rivale Coop la rattraper. Et quand on demande à Yvette Jaggi quelle est la mission du géant orange, elle hausse les épaules et répond: «Bien faire son boulot de commerçant.» Pour le reste, ajoute-t-elle, Migros est depuis longtemps «une démocratie de façade».