Le port ivoirien de San Pedro, distant de 350 km de celui d’Abidjan, était en fête la 9 avril dernier. En cause: l’arrivée, quelques jours plus tôt, de trois grues Liebherr de dernière génération. Des équipements flambant neufs destinés à booster les activités de ce port, dont 90% du trafic sont gérés par MSC Mediterranean Shipping Company.

Sous un soleil de plomb, ballons, coupure de rubans, enchaînement de discours par des représentants des autorités ivoiriennes, de MSC, et de la Suisse, dont l’ambassadrice Anne Lugon-Moulin s’est déclarée très fière «qu’un petit pays de montagnes qui n’a pas d’accès à la mer» abrite sur son sol «un acteur majeur du transport maritime». Elle a rappelé qu’avec ses entreprises, la Suisse figurait dans le top 5 des investisseurs en Côte d’Ivoire et fêtait cette année 60 ans de relations bilatérales, «dans un partenariat gagnant-gagnant». Une formule répétée à l’envi par l’ensemble des orateurs.

Une histoire de famille qui plaît en Afrique

Le groupe MSC, aujourd’hui dans le trio de tête mondial des transporteurs de conteneurs, aux côtés du danois Maersk et du français CMA-CGM, a été fondé en 1970 par Gianluigi Aponte, originaire de Sorrente, dans le sud de l’Italie, auquel son fils a succédé en 2014 pour en devenir le président et directeur général. Depuis le siège social du groupe dans le quartier de Champel, à Genève, Diego Aponte pilote un empire dont les porte-conteneurs et les bateaux de croisière sillonnent toutes les mers du globe; ainsi que 100 000 salariés, dont 1100 en Suisse. Il y reçoit aussi régulièrement des représentants officiels de pays africains où son groupe multiplie les projets.

«L’histoire de famille du groupe MSC est très appréciée en Afrique, où la famille est quelque chose d’important», relève Fabio Politi, directeur général de MSC en Côte d’Ivoire depuis onze ans. A ce titre, il a eu l’occasion d’y accueillir Diego Aponte à plusieurs reprises, y compris, en 2017, pour la signature de l’accord de la concession du terminal à conteneurs du port de San Pedro attribuée à l’armateur suisse pour une période de trente-cinq ans; faisant ainsi suite à la concession du port qu’il avait déjà remportée en 2008 face au groupe français Bolloré et à l’ivoirien Sivom.

«MSC croit beaucoup dans le port de San Pedro, que nous allons transformer en un grand hub logistique où pourront accoster les porte-conteneurs de la dernière génération, pour desservir la région, les pays de l’«Hinterland» privés d’accès à la mer», souligne Fabio Politi, tout en se réjouissant que MSC soit «dans l’anticipation et la vision à long terme».

Le trafic de ce port a beaucoup changé depuis ses débuts où il exportait surtout du bois, aujourd’hui quasiment disparu, puis du cacao, en vrac, et désormais en conteneurs, comme le caoutchouc, le coton, la noix de cajou, à bord de navires toujours plus gros, à destination de l’Europe ou de l’Asie. La livraison des grues Liebherr, société allemande dont le siège social se trouve à Bulle (FR), visait aussi à montrer aux autorités ivoiriennes que, en dépit des retards qu’elles ont pris dans la mise en œuvre de leur part du contrat et des perturbations dues au Covid-19, MSC continuait à investir.

Une liaison directe entre l’Asie et l’Afrique de l’Ouest

En l’espace d’une dizaine d’années, MSC, qui, en Afrique, faisait figure d’outsider face à ses concurrents Maersk et CMA-CGM, a rattrapé son retard et augmenté ses parts de marché dans un secteur ultra-concurrentiel. Le groupe genevois était par exemple le premier armateur à avoir proposé, dès 2015, une liaison directe entre l’Asie et l’Afrique de l’Ouest, via le port en eau profonde de Lomé au Togo, capable d’accueillir des porte-conteneurs de 350 mètres de long.

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«Le terminal de Lomé, transformé en «hub unique» pour les navires en provenance de l’Asie, a été désigné par MSC comme l’un des terminaux principaux dans sa stratégie mondiale, et San Pedro peut devenir la même chose dans le futur», précise David El Bez, directeur des investissements Afrique de TiL (Terminal Investment Limited), filiale du groupe MSC, qui investit dans les infrastructures des terminaux portuaires.

Pour David El Bez, le continent africain, où 80% des marchandises qui entrent et sortent transitent par les ports, représente désormais «un marché important pour son groupe». Il rappelle volontiers qu’un conteneur «passe un tiers de son temps en mer et deux tiers de son temps sur terre». Ce qui explique les investissements de MSC dans les transports terrestres depuis quelques années. Medlog, la filiale logistique de l’armateur suisse, dispose désormais d’un réseau comprenant 630 camions, 850 remorques et 30 entrepôts en Afrique de l’Ouest.

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«Ce sont nos véhicules qui livrent au Mali les 3000 tonnes de blé qui débarquent chaque mois au port de San Pedro en provenance d’Europe et de Russie», déclare avec fierté Roland Kouadio directeur de Medlog Côte d’Ivoire. L’armateur suisse ne se contente donc plus de sillonner les mers, mais arpente désormais les routes, avec toujours, à son bord, les conteneurs qui ont fait sa fortune.