Et encore un milliard de francs. Mercredi matin, juste avant sa présentation aux investisseurs, Credit Suisse annonçait déjà la couleur. La banque réduira encore davantage ses coûts d’ici à 2018. L’an dernier, elle avait prévu d’atteindre 18 milliards de coûts opérationnels, finalement, elle devra fonctionner avec 17 milliards.

Une décision applaudie par le marché. «Il est effectivement plus facile de décréter une baisse des coûts qu’un doublement de son activité et la banque s’était montrée jusqu’ici trop optimiste sur le deuxième point», a expliqué Loïc Bhend, analyste chez Bordier à Genève.

Retour à la réalité, donc, pour Credit Suisse, qui devra économiser un total de 4,2 milliards de francs. L’objectif de cette année – 1,4 milliard – est déjà atteint, puisque la banque a coupé 6050 postes, soit 50 de plus que prévu. Après ces «progrès substantiels», elle tentera donc de pousser les économies à 1,6 milliard pour l’ensemble de l’année.

«Seconde nature»

S’exprimant lors de la journée aux investisseurs qui s’est tenue à Londres, Tidjane Thiam n’a pas voulu préciser si davantage de postes seraient menacés. Il s’est contenté de dire: chercher des «gains de productivité» doit devenir «une seconde nature pour la banque». Chaque responsable de service devra en outre introduire un programme d’efficacité.

Entré en fonction en juillet 2015, l’ex-patron de l’assureur britannique Prudential a lancé il y a un an une stratégie pour redresser la banque, en réduisant les coûts, redimensionnant la banque d’affaires et en se concentrant sur la banque en Suisse et sur la gestion de fortune dans le monde, en particulier en Asie. Il a souligné être toujours persuadé que la «stratégie est la bonne».

Deuxième révision

Reste que, ce mercredi, c’était la deuxième fois qu’elle était révisée. La première correction est intervenue l’hiver dernier lorsque les responsables ont découvert une perte de trading de près d’un milliard. Elle visait à accélérer le plan d’économies, mais aussi à revoir les objectifs. Les conditions de marché étant telles que la banque devra se montrer plus modeste. La division de gestion de fortune internationale (IWM) prévoyait d’atteindre un profit de 2,1 milliards de francs en 2018, ce sera finalement 1,8 milliard. Idem pour la division Asie, dont le but est désormais d’atteindre 1,6 milliard, contre 2,1 milliards de francs prévus précédemment.

Pour Tidjane Thiam, avec la base de coûts la plus souple possible, la banque pourra affronter les périodes difficiles, comme aujourd’hui, tout en bénéficiant des rebonds lorsqu’ils se manifestent. Et, «nous avons de bonnes raisons de penser que les conditions de marché vont s’améliorer», a ajouté le Franco-Ivoirien.

La banque suisse jugée solide

Les objectifs restent identiques pour le marché suisse après une «solide performance» sur les neufs premiers mois de l’année. L’unité Swiss Universal Bank devra donc dégager 2,3 milliards. La barre reste aussi fixée au même niveau pour la gestion d’actifs, qui devra rapporter 0,7 milliard.

Cela faisait longtemps que ce n’était plus arrivé: l’action a grimpé mercredi de plus de 4% à l’ouverture et la hausse s’est poursuivie pendant la journée. Jusqu’ici, les investisseurs s’étaient montrés sceptiques. Le titre était même tombé sous les 10 francs au début de l’été, alimentant les rumeurs d’un débarquement du directeur général.

Désormais, «la direction a pris la mesure de l’environnement dans lequel elle évolue et de l’ampleur de la tâche pour relancer la banque», a expliqué Loïc Bhend. Un an pour se frotter à un contexte tendu et s’y adapter: «Les objectifs présentés l’an dernier étaient incroyables. Maintenant, ils sont moins ambitieux et plus réalistes.»

Cela n’empêche pas qu’il reste un sérieux écart entre le consensus et le management: «Le premier calcule un bénéfice de 4,2 milliards en 2018, le second de 6,3 en incluant les révisions», a encore souligné Loïc Bhend.

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