La mue de Lombard Odier

La mue de Lombard Odier

A Genève, Bordier, Gonet et Mourgue d’Algue, trois banques au moins 20 fois plus petites en termes de masse sous gestion, ont pour le moment conservé leur statut de banquier privé. La Finma n’a pas demandé à Lombard Odier et Pictet d’y renoncer. L’autorité de surveillance n’en a pas le pouvoir. Elle ne commente pas ce changement, alors que Thierry Lombard explique combien «la force de ­travailler et de communiquer ­ensemble des deux grands banquiers privés de Genève nous a beaucoup aidés, auprès des autorités et de nos clients». Pour ces derniers, et les collaborateurs, «l’évolution n’a eu aucun impact, assure Frédéric Rochat. Cela n’a rien à voir avec une fusion ou une acquisition. Il s’agissait uniquement d’une évolution de nature juridique.»

La fin de «certains privilèges»

Par contre, la Finma a mis fin à «certains privilèges accordés aux banquiers privés», indique son porte-parole. Ils devront en particulier publier leurs comptes.

Autre exigence du gendarme de la finance: au moins un tiers d’administrateurs indépendants pour la banque suisse. «Nous avons choisi d’avoir une majorité d’indépendants, sans voix prépondérante pour le président», expose Frédéric Rochat, allusion aux proportions de 50% chez Mirabaud et de 40% chez Pictet. ­Majoritaires chez Lombard Odier, donc, mais face aux seuls pro­priétaires. Thierry Lombard voit ces nouveaux venus comme étant «entre deux mondes: celui de la direction d’activité bancaire avec quatre associés, et celui de la direction stratégique du groupe. Nous avons défini trois domaines dans lesquels nous voulions avoir des compétences pour nous dé­velopper: juridique (Professeur Henry Peter), bancaire (Alexandre Zeller, qui a une expérience de toutes les difficultés de ce monde, qu’il a gérées de manière exemplaire), ouverture sur le monde et compétence du changement dans une autre profession (Henri Vanni, ex-directeur général de McKinsey en Suisse et vice-président de Novartis).»

Imposition différente

Le collège des associés-gérants, propriétaires du groupe, accueillera au 1er avril un neuvième membre, un ancien de Deutsche Bank, Hugo Bänziger. Ce collège attribue les responsabilités selon les «étapes de carrière de chacun d’entre nous, observe Frédéric Rochat. Certains assument un rôle de supervision des activités opé­rationnelles et de suivi de nos grandes fonctions de contrôle (risque, finance, conformité, etc.); d’autres assument des responsabilités opérationnelles en direct et la conduite de nos activités au quotidien.»

Un autre sujet fait parler de lui: les conséquences fiscales du ­changement de statut, certains imaginant des pertes substan­tielles pour les autorités. La réponse était toute prête: à Genève, détaille Thierry Lombard, «nous avions la chance d’avoir pour président du Conseil d’Etat le responsable des Finances [David Hiler]. Nous sommes donc allés le voir à ce double titre pour étudier la situation. En fin de compte, il n’y aura pas de changement particulier. Avant, l’imposition s’effectuait uniquement au niveau de la société de personnes. A présent, elle s’effectue à différents niveaux, avec des taux différents, mais au total, l’effet fiscal est neutre.»

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