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Multinationales: ces géants qui n’ont pas de problème de taille

Google, Bank of America, Sinochem… A Davos, lors d’un débat sur les risques posés par des multinationales globalisées, les grands patrons ont habilement esquivé les questions qui dérangent

A eux trois, ils dépassent les 1000 milliards de dollars de capitalisation boursière. Les sociétés qu’ils dirigent emploient plus de 360 000 personnes à travers le monde. Au World Economic Forum (WEF) de Davos, mardi, l’un des premiers débats de la semaine réunissait la directrice financière de Google, Ruth Porat, le directeur général de Bank of America, Brian Moynihan et le président du groupe pétrochimique Sinochem, Ning Gaoning.

Durant une petite heure, il a été question de savoir à quel point la taille est bénéfique ou, à l’inverse, néfaste. En termes de prix et de qualité des produits et des services, les avis sont unanimes: être global est un avantage pour les consommateurs. Mais sur d’autres sujets, la réponse est plus diffuse.

Qui est le plus puissant?

A Ruth Porat, le journaliste du New York Times Andrew Sorkin demande qui est le plus puissant, entre Google et le gouvernement américain. La financière du groupe, dont on dit qu’elle est celle qui tient véritablement les rênes, évitera plusieurs fois de répondre. Elle préfère rappeler les bienfaits des services offerts par sa société, comme Google Maps, la position (favorable) du groupe à propos de la loi européenne RGPD ou encore les investissements réalisés dans la formation, afin que les travailleurs soient prêts à affronter la transition numérique.

Le manque de concurrence? «Lorsqu’on entend certaines grandes banques militer pour plus de réglementation, on les soupçonne de vouloir mettre des barrières aux nouveaux acteurs potentiels», relance le journaliste. Jusqu’ici plutôt à l’aise, Brian Moynihan se redresse sur son fauteuil. «On gère l’argent des gens, on ne peut pas se permettre d’évoluer dans un secteur sans réglementation. Sinon, il se passe ce qu’il s’est passé en 2008, rétorque-t-il sans hésiter. Contrairement à ce que l’on croit, il est possible, en étant petit, de venir concurrencer Bank of America dans certains domaines bancaires spécifiques».

Une nouvelle donne venue de Chine

Puis il y a la question chinoise. Et le soupçon, à peine voilé, de la construction un peu artificielle de multinationales permettant à Pékin de conquérir le reste du monde. Sinochem, qui devrait fusionner avec son rival Chemchina – le propriétaire du groupe suisse Syngenta – en est-il la démonstration? «Nous ne réalisons pas des rachats simplement pour grandir. Mais pour acquérir de nouvelles ressources, de nouveaux marchés, de nouvelles compétences, ça se fait naturellement», se défend calmement Ning Gaoning.

La voix neutre du débat, c’est Raghuram Rajan. L’ancien banquier central indien, professeur à l’Université de Chicago, souligne que les entreprises américaines (et leurs autorités) font face à un phénomène nouveau. «Dans l’histoire économique de ce pays, pour différentes raisons, le gouvernement a toujours trouvé un moyen pour limiter ou réduire la taille des entreprises qu’il jugeait trop grandes, trop puissantes, trop systémiques. Mais aujourd’hui, les Etats-Unis voient émerger des géants chinois qui peuvent les concurrencer grâce à leur taille. Est-ce que cela va changer la donne?»

A cette question non plus, personne n’a apporté de réponse.

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