Le montant du désinvestissement de Suisse a atteint en 2011 les 196 millions de dollars. L’économie helvétique avait pourtant accueilli plus de 20 milliards de fonds étrangers directs un an plus tôt. Le recul est ici aussi brutal que vertigineux. C’est notamment ce que révèle le rapport sur l’investissement dans le monde 2012, présenté jeudi à Genève par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

Comment expliquer ce phénomène? Les multinationales étrangères ont subitement décidé de régler leurs comptes avec leur filiale helvétique. «Techniquement, il s’agit de prêts intra-entreprises [ndlr: une composante des flux d’investissements étrangers directs (IED)] rapatriés par les maisons mères depuis leur entité affiliée à l’étranger», résume Michael Hanni, économiste à la Cnuced.

Bien que cette explication semble paradoxale – la place helvétique est supposée jouer un rôle de valeur refuge en période d’instabilité économique –, elle est emblématique des contraintes du système financier mondial. «Pour la Suisse, qui abrite un nombre important de sièges régionaux de firmes internationales, cela se manifeste par de grandes quantités d’argent qui entrent et sortent du pays en réponse à des besoins de trésorerie propres aux réseaux de sociétés transfrontalières», relève Michael Hanni. Peut-on attribuer ces opérations comptables aux risques de change, à une modification d’ordre fiscal dans d’autres pays…? «C’est difficile à dire, rétorque l’économiste. Même si on ne peut pas en déduire une seule cause, on peut être certain que la valeur du franc joue un rôle essentiel en l’espèce.»

Si l’IED dans le monde a dépassé l’an dernier les niveaux moyens d’avant crise, franchissant le seuil des 1500 milliards de dollars, la Cnuced prévoit – sous réserve de choc macroéconomique majeur – un ralentissement en 2012, et une croissance modérée pour 2013 (1800 milliards) et 2014 (1900 milliards). «On est passé d’une époque vouée à la libéralisation, à une ère axée sur la régulation, avec pour corollaire un rééquilibrage des règles en faveur des Etats», relève James Zhan, directeur de la division de l’investissement et des entreprises au sein de la Cnuced.

Par ailleurs, les flux d’IED ont augmenté presque partout dans le monde. Ceux à destination des pays développés se sont accrus de 21%, alors que ceux en direction de l’Afrique (désinvestissement massif dans les régions du Nord versus un rebond historique pour la partie subsaharienne) se sont taris pour la troisième année consécutive. Dans ce contexte, les niveaux de trésorerie des sociétés transnationales employant à travers le monde 69 millions de salariés pour 28 milliards de ventes, ont atteint des records, augurant un saut futur de l’investissement dans le monde.

«Le monde est passé d’une époque portée par la libéralisation des économies à une ère de repli régulatoire»