Guerre ouverte au sein des milieux économiques, à propos de l’initiative sur les multinationales responsables. A trois mois de la votation sur le texte et son contre-projet, le patron de la faîtière des PME (USAM), Hans-Ulrich Bigler, attaque frontalement Economiesuisse, qui compte parmi ses membres les plus grandes firmes helvétiques.

Hans-Ulrich Bigler évoque dans le journal de son organisation et dans la presse dominicale une «pression» et des «menaces» exercées par ces géants sur ses membres dans le cadre de leur campagne, teintée de «nervosité». Avant d’ironiser sur l’argument de «solidarité» avancé par Economiesuisse pour rallier l’USAM, énumérant des situations dans lesquelles de grands groupes ont fait preuve selon lui de l’attitude inverse, notamment pendant la crise sanitaire.

De quoi faire sortir Monika Rühl de ses gonds. Dans un billet de blog paru sur le site d’Economiesuisse mercredi, sa responsable réplique, réfutant une «affirmation grossière», destinée à «faire du bruit», pour «attirer l’attention» de la part d’Hans-Ulrich Bigler. La patronne des grands patrons estime qu’avec «ses dérapages», l’ex-député PLR zurichois dessert sa propre cause, estimant qu’à l’inverse de ce qu’il prétend, les PME seraient aussi touchées par l’initiative. On pourrait s’en tenir à ce constat, dressé dans des médias cette semaine: une bagarre fratricide sur fond de divergences personnelles. Ou se demander si ces tensions ne traduisent pas une certaine fébrilité des milieux économiques à l’approche du scrutin.

Opinion plus favorable à l’initiative

Les derniers sondages (fin mai) montrent en effet que le texte des initiants, qui sera soumis au peuple le 29 novembre, rallie toujours plus les faveurs de l’opinion. Sur le millier de votants sondés entre le 5 et le 12 mai par l’institut LINK, 43% valideraient l’initiative et 35% se disent plutôt «pour», ce qui donne un total d’intentions de vote favorables de 78%. C’est 11 points de pourcentage de plus qu’au terme d’un même sondage effectué en février. Dans une autre enquête commandée au même institut par Swissmem (industrie des machines), le camp du oui représente 46% des sondés. Menée entre le 13 et le 19 mai avec des questions formulées différemment, elle fait aussi état de 30% d’indécis et de 24% d’opposants.

Par ailleurs, un double sondage mené avant et après la crise sanitaire par des économistes de l’institut lausannois E4S (regroupant EPFL, IMD et Unil) montre que la pandémie, révélatrice d’inégalités sociales, a favorisé l’initiative.

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Trop édulcoré

Mis sur pied in extremis après trois ans de débat, le contre-projet du parlement a été jugé trop édulcoré par les initiants pour les convaincre de retirer leur texte, ce qui a accru les dissensions dans les milieux économiques. Au sein du camp bourgeois et du patronat, des élus et membres de partis centristes et de droite, ainsi que des entrepreneurs, partisans de l’initiative ont d’ores et déjà créé leurs propres comités de soutien pour faire campagne contre leurs pairs. Dans son intervention dans la SonntagsZeitung le week-end dernier, le directeur de l’USAM a laissé entendre qu’il pourrait voter oui.

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«Loin des terrains de golf, les drapeaux orange portant la mention «Multinationales responsables, Oui!» poussent un peu partout, aux fenêtres et aux clôtures de jardins», conclut le patron de l’USAM. Avant d’enjoindre aux représentants de multinationales de «s’aventurer hors de leurs bureaux climatisés pour expliquer leur projet», à la population. A quoi Monika Rühl rétorque: «Eh bien alors! Qu’attendez-vous, Monsieur Bigler?» D’ici à la votation du 29 novembre, la campagne promet d’être mouvementée.