Plusieurs centaines d’hommes d’affaires participent à la Conférence mondiale sur le climat qui débute ses travaux ce lundi à Copenhague. «Les politiques prennent des décisions, mais ce sont les entreprises qui investissent 86% de ressources financières nécessaires pour innover, développer et distribuer des technologies propres, explique Mate Bateson, chef de la division Energie et Climat au World Business Council for Sustainable Development (WBCSD).

Sis à Genève, le WBCSD qui regroupe quelque 200 multinationales a été fondé notamment par l’industriel suisse Stephan ­Schmidheiny il y a plus de quinze ans. Selon lui, les entreprises devaient assumer leur responsabilité environnementale en développant des technologies propres. Dans ce sens, le réchauffement planétaire représente une belle opportunité pour les affaires. Björg Stigson, président de WBCSD le dit: «Les entreprises investissent déjà beaucoup d’argent dans la recherche des solutions. Elles sont prêtes à s’engager davantage. La conférence de Copenhague devra enlever les incertitudes et fixer des objectifs.»

Les entreprises sont déjà à pied d’œuvre. Elles ont mis en place les technologies qui permettent de séquestrer le gaz carbonique (CO2) si nocif à l’environnement et principal coupable de l’effet de serre. Un salut pour de nombreux pays comme la Chine et l’Inde où le charbon, le principal pollueur, est la première source d’énergie. «Il faut maintenant trouver un mécanisme de financement public pour leur développement et leur dissémination à grande échelle», explique Mate Bateson. Autres exemples: l’industrie cherche des solutions pour réduire les émissions de CO2 de la production du ciment. Cette matière première représente 5% des émissions globales du CO2. Elle n’a pas de substitut et est indispensable pour la construction de logements et de toutes les infrastructures. Son utilisation devrait encore exploser ces prochaines années dans le sillage de l’urbanisation croissante dans les pays émergents. Selon le WBCSD, l’industrie du ciment vise à réduire ses émissions de 18% d’ici à 2050. De la même manière, les producteurs de pneus cherchent activement des solutions pour éliminer ou recycler ses montagnes de déchets très polluants. L’industrie des transports (automobile, aérien) investit des milliards pour développer des moteurs plus propres.

Toutes les initiatives ne remportent cependant pas un franc succès. De nombreuses entreprises actives dans l’énergie éolienne ou solaire peinent à entrer dans les chiffres noirs. Ce qui n’empêche pas que les investissements totaux dans les énergies non polluantes, après avoir baissé dramatiquement en 2009, année de crise économique, puissent atteindre 200 milliards de dollars l’an prochain. «Beaucoup d’entre nous vont dans cette direction, quel que soit le résultat de Copenhague», a déclaré la semaine dernière Michel Morris, directeur de General Electric, cité par l’agence Bloomberg. Les Etats-Unis, la Chine et dix autres pays ont engagé 177 milliards de dollars pour les énergies propres dans le cadre de leur programme de relance.

Toutes les entreprises ne parlent pas le même langage. «Nous sommes dans les affaires et nous investissons dans des secteurs qui sont les plus rentables pour nos actionnaires, déclarait au début de l’année Linda Cook, alors cheffe de la division «gaz et électricité» de Shell. Si c’était l’énergie renouvelable, nous y mettrions notre argent. Mais tel n’est vraiment pas le cas.»

La compagnie pétrolière néerlandaise n’est pas la seule à épouser le credo environnemental pour ensuite l’abandonner. L’exemple le plus flagrant concerne British Petroleum (BP) qui, pour un moment s’est surnommé Beyond Petroleum (Après le pétrole). Dans une perspective d’un pétrole de plus en plus rare et de plus en plus cher, la compagnie a annoncé des investissements massifs dans les renouvelables. Depuis le début de l’année lorsque le prix du brut est passé au-dessous de 80 dollars alors qu’en juillet 2008 il avait atteint le sommet de 147 dollars le baril, la compagnie a tourné sa veste.

«Malheureusement, de nombreuses entreprises à travers le monde ne sont pas encore convaincues du danger que représente le réchauffement de la planète, poursuit Mate Bateson, du WBCSD. Il est évident que des législations plus strictes en matière d’émission de gaz polluants feront des gagnants, mais aussi des perdants.»

En tête de liste des sceptiques, les industries pétrolière et gazière qui devront investir des milliards pour assainir leur production. Aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, ces entreprises s’appuient sur des centres de recherche conservateurs qui doutent de l’urgence environnementale. Aux Etats-Unis où ce courant est très fort, une dizaine d’entreprises dont Nike, Apple, Exelon, Pacific Gas and Electric viennent de quitter la puissante Chambre du commerce et de l’industrie. Elles accusent cette dernière de fermer les yeux sur le danger climatique pour des gains à court terme.