Aquoi sert le SMI? En tout cas pas à se protéger de l'affaissement qui affecte la plupart des places boursières du monde. Alors que l'incertitude quant à une guerre en Irak atteint un paroxysme, l'indice des plus grandes capitalisations suisses dégringole en même temps que ses homologues étrangers, contrariant sa réputation de refuge stable et défensif. Mardi, le SMI clôturait à 4303,5 points, son plus bas niveau depuis février 1997. L'année dernière, le marché suisse a baissé moins que Francfort et Paris, mais plus que New York (Dow Jones et S & P500), Londres et Tokyo (se reporter au tableau ci-contre).

L'effet dollar

Première explication: le sort des 27 valeurs du Swiss Market Index se trouve intimement lié à la chute du dollar. Le constat saute aux yeux lorsque l'on examine les huit plus grosses valeurs qui ensemble pèsent déjà 87% de l'indice: Novartis, Nestlé, UBS, Roche, Credit Suisse Group, Swiss Re, Zurich Financial et Richemont. Ces blue chips n'ont souvent de suisse que le siège social: «Le SMI est un indice de multinationales, explique Gérard Piasko, stratégiste de Julius Bär. Les sociétés qui le composent réalisent plus de chiffre d'affaires à l'étranger que celles du CAC 40 à Paris ou du Mib30 à Milan». La devise américaine s'échange à 1,356 francs, contre 1,66 au début de l'année, et 1,82 à son dernier sommet d'octobre 2000. La banque Sarasin le voit baisser encore à 1,287 franc fin 2003. «Lors de la baisse dollar jusqu'en mars 1995, le SMI avait baissé de façon concomitante», rappelle Bruno Estier, chef de l'analyse technique à Lombard Odier Darier Hentsch & Cie (LODH). Le marché reflète donc les attentes d'une érosion des bénéfices et chiffres d'affaires de sociétés comme Novartis et Nestlé sous l'effet des changes. D'autant que le franc grimpe aussi bien contre le dollar que contre l'euro. Cette situation a mené la Banque nationale suisse (BNS) à prendre une position plus radicale, mardi, en s'engageant à intervenir sur le marché des changes en cas de guerre en Irak pour éviter une trop forte appréciation.

Vue des Etats-Unis, la situation s'avère avantageuse. Pour un investisseur américain, acheter Nestlé à 300 francs avec un dollar à 1,5 franc lui revient à 200 dollars. «Si Nestlé tombe ensuite à 270 francs, mais que le dollar n'est plus qu'à 1,35 franc, il pourra quand même vendre le titre à 200 dollars!» explique Raphael Prongue, trader à la banque Sarasin. Selon lui, la baisse du dollar indiquerait que ce sont plutôt des investisseurs étrangers, et non pas des institutionnels suisses tels que des caisses de pension, qui vendent actuellement des actions suisses.

L'effet secteur

Deuxième explication: la notion d'indice national perd en signification. L'évolution des actions dépend moins du facteur géographique, et plus de facteurs globaux. L'un d'eux est la méfiance globale pour les actions en tant qu'actif distinct. Les gérants de LODH conseillent aux clients conservateurs de réduire la part des actions dans les portefeuilles de 10%, soit de 15% à 5%. De même, UBP recommande de ramener la part actions de 10% à 0%. Second facteur: l'état du secteur d'activité de la société au niveau global. Le secteur pharmaceutique, par exemple, pèse 40% du SMI. Même si Novartis, Roche et Serono ont d'excellentes perspectives, «les prévisions de croissance à long terme sur le marché pharma en général ont été révisées de 8-10% à 6-7%, indique Patrick Lambert, chef de la recherche sell-side de Pictet & Cie. Ce marché a atteint une maturité trop rapide, surtout aux Etats-Unis».

L'effet liquidité

Enfin, le SMI doit aussi sa baisse à un facteur «liquidité» propre aux moments d'incertitude. Bruno Estier explique: «En périodes de panique, les investisseurs attendent le dernier moment pour vendre les titres les plus liquides, soit ceux pour lesquels ils sont sûrs de trouver des contreparties sur le marché. Sur le SMI, ce sont ces valeurs défensives échangées en grands volumes. Ces titres sont du cash en puissance.»

Cette année, le SMI a déjà perdu 7%. Bruno Estier estime que l'indice réalisera une meilleure performance qu'en 2002. Il ne changera d'avis que «si dans une semaine le SMI ne remonte pas au-dessus de 4450». La banque Pictet & Cie estime depuis fin novembre que le SMI s'appréciera de 15% sur les 12 prochains mois, à condition que la situation en Irak se précise rapidement. «Les valeurs défensives sont sous-évaluées de 10-15%», affirme Patrick Lambert.