Google devant Pictet et Apple. Viennent ensuite LVMH et Procter & Gamble. L’étude, auprès de 120 étudiants de Bachelor HEC Genève, que vient de réaliser Michel Ferrary, professeur en gestion des ressources humaines, indique que les poids lourds du monde entrepreneurial ont la cote. Si les étudiantes sont attirées par le luxe (Inditex, Richemont, L’Oréal ou Givaudan) et la grande consommation (Procter & Gamble et Nestlé), leurs homologues masculins plébiscitent Internet (Google) et la banque (Pictet, UBS).

La grande distribution, dont Migros, deuxième plus grand employeur à Genève avec 3300 salariés, et Coop, ne figure pas dans le classement. Sébastien Rozan, en deuxième année Bachelor HEC, grimace: «La conception d’un packaging pour un dentifrice est nettement moins valorisante que celle d’un parfum ou d’une montre de marque.»

La crise économique mondiale et l’entrée en récession de nombreuses grandes puissances ne semblent pas entamer le moral de ces futurs diplômés. Le ralentissement du marché du luxe, notamment en Asie, constaté depuis avril 2012, la suppression programmée de 10 000 emplois chez UBS, la réduction des effectifs de 10% chez Procter & Gamble, n’écornent pas l’image des multinationales qui demeurent leurs cibles. «On ne parle pas de crise mais d’incertitude, c’est moins anxiogène», relativise un étudiant.

Ces jeunes gens seraient-ils un brin naïfs, voire idéalistes? «J’observe avant tout chez ces étudiants une méconnaissance du monde du travail, explique Michel Ferrary. L’entreprise, pour eux, se limite à un nom, un statut social. Il manque dans les universités suisses une culture de l’apprentissage. Ils n’ont pas l’obligation de stage en entreprise dès les premières années d’études comme cela se pratique par exemple en France.»

Réunis la semaine passée à l’IMD de Lausanne à l’initiative du CRQP et de Weka, 200 responsables romands en ressources humaines (RH) ont évalué les facteurs qui poussent les candidats à frapper à la porte d’une entreprise. «Ils veulent le nom de l’entreprise sur leur CV, voilà leur motivation, témoigne le consultant international Benjamin Chaminade. Je les nomme les collectionneurs de timbres. Les Chinois sont à cet égard les plus pressants et Nestlé est pour l’heure la marque qu’ils veulent accrocher.»

Un étudiant genevois vante la société américaine Pixar dont la culture d’entreprise «extrême» serait un modèle: «Les employés vivent sur place, il y a des piscines, une vraie cohésion d’équipe, cela n’existe pas chez nous.» Les RH insistent sur cet esprit d’entreprise aujourd’hui incontournable.

Anne-Marie Van Rampaey, du Centre suisse d’électronique et de microtechnique, (CSEM) hiérarchise ainsi la fidélisation à un employeur: «Les salaires n’arrivent qu’en 5e position, bien avant il y a le nom, le plan de carrière, le fun et la communauté.» Chez CSEM, on avoue dépenser 60 000 francs pour la fameuse fête de Noël «pour que les gens dansent et se lâchent».

Les Bachelor HEC rencontrés à Genève assument leur volonté d’identification à une entreprise «prestigieuse» tout en ne cachant pas qu’elle représente un tremplin. «Lorsqu’on a scotché un nom glamour dans le CV, il est plus facile d’accéder à une indépendance», résument-ils. Beaucoup émettent le souhait de créer un jour leur propre entreprise.