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Les multiples formes de la finance durable

Entre l’exclusion de secteurs, la recherche des «meilleurs élèves» ou l’investissement par thème, les approches pour investir de façon éthique sont plus nombreuses qu’on ne croit. Tour d’horizon

A partir de quand la finance devient-elle durable? Répondre à cette question en quelques mots est délicat. En témoigne la taille du guide publié par Swiss Sustainable Finance (SSF): les définitions des six différentes formes de cette discipline s’étendent sur une vingtaine de pages.

Pour Jean Laville, directeur adjoint de SSF, on peut néanmoins la voir comme un prolongement de la finance traditionnelle: «Celle-ci se concentre sur deux dimensions, le risque et la rentabilité. Désormais, on y ajoute la prise en compte des critères dits ESG, pour environnement, social et gouvernance», définit celui qui est aussi associé de la société de conseil Conser Invest, basée à Genève. A cela, le professeur Philipp Krüger de l’Université de Genève, spécialisé dans ce domaine, ajoute qu’ils visent à «générer un rendement non seulement financier, mais également écologique et social».

Exclure…

Le concept d’investissement durable est vague? C’est en partie parce qu’il «dépend de la personne elle-même, de sa vision de ce qui est éthique et de ses valeurs personnelles», poursuit Jean Laville, prenant l’exemple du tabac. «Faut-il exclure cette industrie? Tout dépend de votre point de vue», estime-t-il. C’est de là que vient l’approche dite de l’exclusion ou de filtrage négatif, qui consiste à retirer les actions de certains groupes – qu’il s’agisse d’industrie polluante, pornographique ou autre. Cela peut couvrir un secteur – et c’est la forme de finance durable la plus utilisée – ou une série d’entreprises qui ne respecteraient pas les critères ESG. D’après SFF, qui cite Eurosif, son homologue pour l’ensemble de l’Europe, «en Suisse, les trois premiers critères d’exclusion sont le nucléaire, les violations des droits de l’homme et les violations du droit du travail».

Pour Jean Laville, il s’agit au fond de critères qu’il est impossible d’harmoniser à l’échelle d’une industrie qui brasse des milliers de milliards de francs. C’est aussi ce qui fait qu’il est difficile de déterminer ce qui est durable et ce qui ne l’est pas: «On peut rêver de fixer une ligne rouge pour tout le monde, mais ce n’est pas possible, il y aura toujours des désaccords. L’important est de fournir une information de qualité pour laisser les gens décider.» Un exemple? Peut-on considérer des obligations vertes pour développer un projet d’éolienne comme étant véritablement vertes si cela provient d’un grand groupe pétrolier? Cette question, loin d’être la seule, déchire le secteur.

… ou sélectionner

C’est d’autant plus vrai, continue le responsable, que c’est presque toujours en réponse à des demandes explicites de clients que les banques ont adapté leurs offres pour y ajouter des produits éthiques et très rarement l’inverse. Ensuite seulement, l’idée d’analyser les systèmes de gestion des entreprises, leur qualité et d’autres caractéristiques est apparue. Puis, dans un troisième temps, on s’est intéressé à l’impact environnemental ou social des entreprises et, finalement, des propositions de label de durabilité pour les entreprises et les investissements ont émergé.

On peut aussi envisager l’approche inverse: au lieu d’exclure les mauvais élèves, certaines stratégies se concentrent sur l’identification des meilleurs. SSF juge cette pratique «plus pragmatique et moins manichéenne» car elle recherche les entreprises aux meilleures pratiques sans se concentrer sur les secteurs. Elle préconise de chercher quelles sont les entreprises les mieux placées pour affronter le changement climatique, par exemple, puis d’analyser ces entreprises en fonction des critères ESG. Pour les tenants de cette méthode, elle a une valeur d’exemple et peut inciter d’autres entreprises à faire mieux pour attirer les investisseurs.

Les autres approches

Le guide mentionne d’autres approches, dont celle consistant à intégrer les critères ESG à l’analyse financière pour en mesurer l’impact sur la valeur d’une entreprise. De même, l’exercice des droits de vote ou l’engagement actionnarial en général représentent une autre catégorie: l’investisseur peut ainsi promouvoir la bonne gouvernance. A ces approches s’ajoute celle de l’investissement thématique, en fonction des activités des entreprises. Enfin, les placements pour le développement – aussi appelés impact investing – s’intéressent à des initiatives inclusives tout en offrant du rendement.

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