Les réassureurs ont aussi été touchés ces derniers mois par la méfiance des investisseurs envers les compagnies d'assurances, dont les bilans ont été secoués par la chute des marchés boursiers. Les réassureurs présentent toutefois de meilleures vertus défensives, en raison de leur capitalisation généralement plus solide, ainsi que le soulignent les spécialistes de la Banque Leu. Or, les résultats semestriels de deux leaders mondiaux de la réassurance, soit l'allemand Munich Re, numéro un mondial (mais dont les affaires comprennent aussi de l'assurance directe), et Swiss Re, numéro deux, sont attendus ce jeudi. Au-delà des résultats, les deux groupes devraient aussi communiquer de nouvelles estimations de leurs expositions respectives aux inondations qui viennent de frapper l'Allemagne et l'Europe centrale. La banque Berenberg Bank à Hambourg estime toutefois que ces charges, qui seront comptabilisées au second semestre, ne devraient pas dépasser 125 millions d'euros pour Munich Re, le plus concerné.

Les marchés s'attendent donc à un net recul du bénéfice chez Swiss Re, alors que les résultats de Munich Re devraient carrément virer au rouge à cause des problèmes financiers de sa filiale American Re, dont les réserves ont dû être renflouées en juillet à hauteur de 2 milliards de dollars. Mais Munich Re a aussi dû rehausser de 500 millions de dollars les provisions liées aux attentats de septembre. La moyenne des estimations de sept analystes établie par l'agence Bloomberg table par conséquent sur une perte trimestrielle nette moyenne de 465 millions d'euros pour Munich Re (les estimations se situent entre un bénéfice net de 73 millions et une perte de 910 millions). Le mois dernier, Hans-Juergen Schinzler, le patron de Munich Re, estimait qu'il était encore possible d'atteindre l'objectif d'un bénéfice net (hors éléments extraordinaires) de 1,7 milliard d'euros en 2002. D'autant qu'au 1er trimestre 2002, Munich Re avait vu son bénéfice net bondir à 4,5 milliards d'euros, grâce à des plus-values extraordinaires. En 2001, année noire pour les assurances, Munich Re avait enregistré un petit bénéfice net de 250 millions d'euros tandis que Swiss Re avait dû essuyer une perte nette de 165 millions de francs, la première depuis un siècle.

Chez Swiss Re, le bénéfice devrait avoir reculé de 34% à 893 millions de francs au cours du 1er semestre 2002 selon les estimations recueillies par Bloomberg (de 650 millions à 1,97 milliard). Lors de la présentation des résultats annuels de Swiss Re en avril, Walter Kielholz, son responsable opérationnel, avait tablé sur «un net redressement de la rentabilité» en 2002 au vu des hausses de tarifs (souvent supérieures à 15%) que les réassureurs ont pu imposer aux compagnies d'assurances après les événements de septembre aux Etats-Unis. «Les fonds propres de Swiss Re devraient avoir baissé d'environ 9% à 20,6 milliards de francs et sa valeur intrinsèque (embedded value) de 10% à 17,4 milliards de francs, anticipe Roger Degen, analyste auprès de la banque privée LODH. D'une manière générale, les réassureurs devraient avoir enregistré de bonnes performances au niveau des souscriptions, surtout dans les affaires non vie, mais celles-ci ont été pénalisées par de mauvais résultats financiers (dans le compte de résultats et au bilan).

Il est cependant un risque que les réassureurs et les marchés ne semblent pas prendre trop au sérieux: c'est celui lié à la bataille juridique qui fait rage aux Etats-Unis sur le paiement des dommages du World Trade Center. Si la justice américaine, qui doit se prononcer en novembre à ce sujet, estime que l'attaque des deux tours du WTC constitue deux dommages et non un seul, comme le revendique Swiss Re, le réassureur helvétique devrait constituer une nouvelle provision équivalente à celle qui a plombé les comptes l'an dernier. «Pareille décision aurait bien sûr un impact négatif à court terme mais conférerait une nouvelle poussée de dynamisme au niveau des primes de réassurance», estime toutefois Javier Lodeiro, de la Banque Leu.