Multimédia

La musique en streaming fait des émules

La superstar du rap américain Jay-Z a lancé Tidal cette semaine, une plateforme pour concurrencer Spotify et Deezer

La musique en streaming fait des émules

Internet Jay-Z a lancé Tidal, une plateforme pour concurrencer Spotify et Deezer

Alicia Keys, Beyoncé, Arcade Fire, Daft Punk, Jack White, Kanye West, Madonna, Rihanna. Ils étaient tous réunis, lundi à New York, pour lancer en fanfare Tidal, la nouvelle plateforme de streaming musical (en flux continu) rachetée en début d’année par Jay-Z – superstar du hip-hop américain – pour 56,2 millions de dollars (54,2 millions de francs).

Alignés sur scène, ils ont écouté religieusement Alicia Keys leur promettre une nouvelle ère pour le monde de la musique. «Tidal s’emploie à entretenir une industrie qui promeut la santé et la pérennité de notre art et de notre secteur à travers le monde», a souligné la chanteuse américaine, improvisée maîtresse de cérémonie. Et cela «en dehors de toute considération commerciale».

Flac contre MP3

A voir les têtes d’enterrement sur l’estrade, on se dit pourtant qu’il doit aussi être question d’argent. C’est alors qu’un film promotionnel lève le voile. On y parle d’artistes reprenant le pouvoir. On y voit Madonna, Beyoncé ou Chris Martin critiquer des sociétés de streaming non identifiées, arguant qu’elles les traitent comme de simples marchandises. On devine alors quelles sont les cibles de Jay-Z: Beats (rachetée par Apple 3 milliards de dollars l’année dernière à Dr Dre, autre poids lourd du rap américain), YouTube mais aussi et surtout Spotify et ses 60 millions d’utilisateurs (dont 15 millions payants) ainsi que Deezer et ses 6 millions d’abonnés. Contre 540 000 seulement pour Tidal, qui appartenait jusqu’au début de l’année à l’entreprise suédoise Aspiro.

Pour leur faire face, Tidal annonce un «accès illimité à plus de 25 millions de titres». Contre 20 et 35 millions pour Spotify et Deezer. Ainsi que 75 000 clips vidéo haute définition. Le tout disponible dans 31 pays, dont la Suisse. Surtout, le nouveau bébé de Jay-Z fait valoir la possibilité d’écouter les morceaux en format Flac – sans compression –, soit la qualité d’un CD. Mais est-ce vraiment utile pour ceux qui écoutent leur musique sur un téléphone portable avec des écouteurs pas forcément de haute qualité? Pas sûr. D’autant qu’il leur faudra débourser le double du prix – 32 francs par mois contre 16 pour la qualité standard (MP3) – pour avoir le droit à l’abonnement «Tidal HiFi».

Boom du streaming en Suisse

L’arrivée de Jay-Z sur le marché du streaming ne doit rien au hasard. L’année dernière, le chiffre d’affaires des sites de musique en streaming (1,87 milliard de dollars) a dépassé pour la première fois aux Etats-Unis celui des ventes de CD (1,85 milliard), selon la Recording Industry Association of America. Surtout, le succès continu des services de musique en streaming fait toujours plus d’ombre au téléchargement de musique qui, lui, a vu ses revenus (2,58 milliards de dollars) baisser de 8,7% en 2014.

Une tendance qui vaut aussi pour la Suisse où, selon Suisa, le nombre d’abonnés aux sites de musique en streaming double tous les six mois. «Les droits d’auteur liés au streaming audio ont été multipliés par 5 en 2014», souligne Nicolas Pont, responsable du service juridique de Suisa pour la Suisse romande. Il n’en demeure pas moins que, pour le moment, un auteur ne gagne, en moyenne, que 0,0006 franc par titre écouté sur Spotify, selon les calculs de Suisa.

La coopérative a d’ailleurs récemment rejoint Armonia, le plus grand réseau au monde de sociétés de gestion de droits d’auteur, afin de peser davantage dans les négociations qu’elle mène avec les sites de musique en ligne. Et tenter ainsi d’obtenir un meilleur pourcentage pour les auteurs qu’elle représente.

De son côté, Jay-Z est resté flou concernant la rémunération des artistes présents sur sa plateforme. Tidal a simplement expliqué que les royalties seraient plus importantes que celles versées par la concurrence. Et que ceux qui étaient présents lundi à New York seraient tous «copropriétaires» de la marque.

Publicité