Finance

Le mystérieux trader genevois au cœur de délits d’initiés internationaux

Un financier lié à Genève est accusé d’avoir empoché 70 millions de dollars sur la base d’informations illégales entre la Grèce, les Etats-Unis et l’Asie. Il coopère avec la justice américaine

Il a 49 ans et il a plaidé coupable de 38 chefs d’accusation liés à des délits d’initié. Un financier que son parcours a amené à Genève est le témoin principal dans le procès d’un membre présumé d’un réseau de délinquants financiers, qui s’est ouvert lundi à New York. Mercredi, le Genevois, qui collabore avec les autorités depuis son arrestation en Serbie en 2018, a expliqué comment il a gagné 70 millions de dollars en une quinzaine d’années d’investissements – son accord avec la justice américaine implique qu’il restitue 49 millions.

Selon l’accusation, il est l’élément central d’un réseau actif entre l’Europe, l’Asie et les Etats-Unis. Ses membres utilisaient des informations d’initiés pour investir dans des (actions de) sociétés pharmaceutiques en essayant d’anticiper des mouvements importants, par exemple dans l’hypothèse de fusions-acquisitions.

Collectionneur d’art et fiancée banquière

Pour obtenir ces tuyaux, le Genevois (qui a aussi vécu en Grèce, en Grande-Bretagne, en France, au Liban et aux Emirats arabes unis pendant les faits) versait du cash à des banquiers d’affaires. L’un d’eux, qui travaillait à l’époque pour Goldman Sachs, a plaidé coupable lundi à New York. Un collectionneur d’art français bien connecté était une autre de ses sources, de même qu’une fiancée qui lui avait involontairement donné des informations sur des fusions à venir entre compagnies minières – sa spécialité dans son travail, selon Bloomberg.

Pour faire bouger les cours, le témoin clé transmettait aussi des informations à des médias financiers, dont Bloomberg. Le Genevois, dont l’entreprise est en liquidation, a également reconnu avoir partagé ses renseignements avec un autre financier basé à Genève, d’origine turque, lui permettant d’éviter une perte considérable dans une transaction. Ce dernier avait été soupçonné de délit d’initié lors du rachat d’Arch Chemicals par Lonza en 2011. Sa société genevoise est également en liquidation.

Le trader qui témoigne actuellement à New York s’était lancé dans la finance il y a une quinzaine d’années avec 3 millions obtenus par héritage et grâce à la vente d’un bateau. Il avait auparavant connu des échecs dans l’importation de café ou la vente de cigarettes et de diamants.

Plus de 100 millions de profits

Le procès dans lequel il apparaît est celui d’un homme d’affaires grec, dont le père siégeait au conseil d’administration d’une société pharmaceutique basée à Boston, Ariad Pharmaceuticals. Le fils est soupçonné d’avoir transmis des informations obtenues auprès de son père à un propriétaire de restaurants. Ce dernier, lui aussi grec et basé à New York, les aurait à son tour partagées avec le trader genevois et au moins 16 autres personnes y compris en Asie.

Les membres du réseau présumé ont investi dans l’action Ariad, parmi d’autres. Les procureurs leur ont attribué plus de 50 opérations suspectes, qui auraient généré plus de 100 millions de dollars de profits illicites. Les peines encourues peuvent aller jusqu’à 25 ans de prison. Le trader genevois espère une peine allégée en échange de sa coopération.

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