Le Temps: Combien de temps les négociations avec la Chine devraient-elles durer?

Johann Schneider-Ammann: Je compte trouver un accord dans un délai de 24 mois, parce que l’intérêt est là des deux côtés et qu’il faut utiliser cette dynamique. Les négociations ont été très bien amorcées grâce aux travaux préparatoires. Avoir lancé la négociation, c’est presque avoir parcouru la moitié du chemin.

– A qui cet accord va-t-il le plus profiter, aux grands groupes comme Novartis ou Kudelski déjà présents en Chine ou aux PME qui n’ont pas encore pu s’y développer?

– Nous avons discuté avec Daniel Vasella, de Novartis, et il a émis un grand intérêt, notamment dans le domaine de la propriété intellectuelle. Cela dit, il est vrai que selon moi les accords de libre-échange offrent d’abord aux petites et moyennes entreprises la possibilité d’aller à l’étranger sans trop de bureaucratie et avec moins de droits de douane. Car les PME ont moins les moyens que les grandes de surmonter ces barrières.

– La Chine, on le voit à Davos, n’est pas seulement l’usine du monde, mais aussi un géant de l’innovation. Les entreprises suisses n’ont-elles pas à la redouter?

– Avoir peur, c’est la plus mauvaise réaction. Le savoir-faire suisse intéresse la Chine. Elle ne vient pas chercher un potentiel quantitatif, mais qualitatif. Elle vient apprendre. Les Chinois veulent se rapprocher de nos écoles polytechniques. Cela va faire bouger ces dernières. C’est aussi une occasion de stimuler la concurrence et donc d’augmenter la productivité. De notre côté, ne l’oubliez pas, la Chine représente un immense marché dans lequel nous pourrons vendre nos biens. Cela nous permettra de produire et de défendre les places de travail ici.

– Allez-vous relancer les négociations avortées avec les Etats-Unis?

– Nous négocions avec la Chine, l’Inde, l’Indonésie, la Russie et bientôt le Vietnam. Ce n’est donc pour le moment pas une priorité.

– David Cameron, le premier ministre britannique, a déclaré que pour le cycle de négociations commerciales multinationales de Doha, en 2011, ça passe ou ça casse. Etes-vous de son avis?

– La question ne se pose pas en ces termes. De mes contacts avec les ministres de l’Economie, je retiens qu’il faut aboutir à un résultat significatif, avant la fin du premier semestre. Sinon ce sera très difficile. Ce samedi matin, je vais le leur dire, au nom de la Suisse, une nation exportatrice.

– Votre homologue français, Christine Lagarde, que vous avez rencontrée cette semaine à Davos, vous a-t-elle donné des garanties que la Suisse sera associée aux travaux du G20?

– Le président Sarkozy l’avait déclaré à la fin de l’an passé. Christine Lagarde a dit que la France était toujours intéressée. J’espère que cela se produira. La Suisse n’est pas un nain économique. Les grands du G20 doivent s’y intéresser.

– Comment réagissez-vous aux critiques de Christoph Blocher, qui réclame la démission du président de la Banque nationale, après les pertes de l’an passé suite aux interventions sur les changes?

– Je respecte par conviction l’indépendance de la Banque centrale; elle constitue un des éléments de la bonne forme de notre économie, comparativement à celles qui nous entourent. Grâce à elle, nous avons un taux de chômage plutôt bas. Je n’accepte donc pas cette critique.

– En démocratie, on peut tout de même débattre… Attaquer une personne, est-ce aller trop loin?

– Si, jour et nuit, on s’efforce d’œuvrer pour le bien-être, si on prend des décisions avec ce but, comme l’a fait Philipp Hildebrand pour protéger l’industrie d’exportation, on ne devrait pas être attaqué personnellement. Je reconnais les vertus de la libre expression, j’accepte le combat politique engagé, mais dans le respect des individus.

– Ce climat populiste, que l’on voit aussi dans d’autres pays, vous inquiète-t-il?

– Oui. Je suis un défenseur de notre système de concordance. Comme l’indépendance de notre banque nationale, il contribue à notre succès. Dans ce système, plus qu’ailleurs, on doit se respecter et se soutenir. Si nous parvenons à conserver la cohésion de la société, cela profitera aussi aux places de travail. Et mon ambition principale est de réduire le nombre de chômeurs autant que possible.