PORTRAIT

Nadir Solenghi, un patron électro 

L’entreprise fribourgeoise Sottas, spécialiste du métal, videra et transformera sa halle de production en salle de concert géante. Plus de 20 000 personnes sont attendues au Highway Festival du 7 au 9 décembre

«Il va falloir déplacer 600 tonnes de matériel, installer un bar, une scène de 30 mètres de large et mettre en place la sono et l’éclairage, tout cela en trois jours chrono», explique Nadir Solenghi, le patron du groupe Sottas qui fait visiter son entreprise au pas de course. Durant trois jours, l’entreprise prévoit de transformer sa halle de production en salle de concert géante. Une sorte de Palexpo version fribourgeoise.

Près de 25 000 personnes sont attendues à Bulle pour assister au Highway Festival. Fatal Bazooka, Manau, Joey Starr, Don Diablo, Alan Walker, W&W ou Lost Frenquencies se produiront du 7 au 9 décembre au sein la PME. Pour l’heure, ce sont surtout les décibels des meules automatiques qui se font entendre. Dans l’usine Sottas, les charpentes métalliques de plus de 30 mètres ou les immenses façades vitrées laisseront place à une horde de fêtards qui danseront jusqu’à 5 heures du matin.

Je ne le fais pas pour l’argent mais pour mes employés et leurs familles. Sans mes collaborateurs, Sottas ne serait rien

Pourquoi le directeur de cette entreprise de 320 personnes pesant près 100 millions de francs de chiffre d’affaires se lance-t-il dans cette aventure musicale? «C’est pour le plaisir. Je ne le fais pas pour l’argent mais pour mes employés et leurs familles. Ils seront fiers de voir tout ce monde réuni dans leur usine. Et sans mes collaborateurs, Sottas ne serait rien», dit Nadir Solenghi qui préfère, de son côté, la musique italienne ou la country, avec un petit faible pour les karaokés.

«J’ai beaucoup chanté dans la voiture avec mes parents», dit-il dans un français teinté d’un accent indéfinissable, en tapotant sur son téléphone pour faire découvrir la programmation du Highway Festival, réalisée conjointement avec le club gruérien Globull. «Certains pensent que je suis hollandais, suisse allemand ou marocain. Dans mon petit village de Bodio, dans le Tessin, le prénom de Nadir était tout simplement populaire», explique cet ingénieur de 44 ans qui a toujours aimé entreprendre, avec un petit goût pour la fête. Il se souvient, amusé, qu’enfant, il faisait payer une entrée de 50 centimes à ses camarades pour barboter dans une piscine en plastique qu’il avait récupérée. «Avec cet argent, on s’achetait des glaces.»

Des vacances productives

Et chez les Solenghi, pas question de lézarder. Les vacances permettaient au jeune Nadir de récolter du tabac à Payerne ou de travailler comme éboueur. «Pour mes parents, ce n’était pas toujours facile de payer les factures à la fin du mois. Ma mère était serveuse dans un bar alors que mon père travaillait dans une aciérie. Il s’est véritablement tué au travail. Dans le village, 14 personnes de la même aciérie sont décédées la même année d’un cancer du poumon.» Nadir Solenghi avait alors seulement 16 ans. Sa rage et sa colère, il les a mises dans le vélo, offert par son père. «Je n’ai pas cessé de m’entraîner jusqu’à l’âge de 19 ans, devenant amateur élite.»

Malgré sa réticence aux études, il décide, sur les conseils d’un ami, de s’inscrire à l’EPFZ, en génie civil. «J’ai préféré Zurich à Lausanne car je savais le français mais pas l’allemand. Et tant qu’à faire, j’ai préféré la difficulté.» C’est à l’EPFZ qu’il rencontre sa future femme, Laure Sottas. «Nos deux noms de famille commençaient par les mêmes lettres. Nous nous sommes retrouvés dans le même groupe de travail, organisé en fonction de l’ordre alphabétique.»

Rêve de gratte-ciel

En 1994, sa fiancée lui fait visiter l’usine de son père, Bernard Sottas, qui lui-même y organisait alors un opéra rock. «Je me voyais ériger des gratte-ciel à New York», dit-il avec une pointe de regret. Pourtant, il ne partira jamais aux Etats-Unis mais rejoindra rapidement l’entreprise de son futur beau-père qui le mettra à l’épreuve. Après un stage en atelier, il part à Zurich en tant que chef de projet, puis crée un département.

En 2010, Bernard Sottas, âgé de 66 ans, prend sa retraite et, pour marquer l’événement, Nadir Solenghi organise la première édition du Highway Festival. Bernard Sottas cède l’entier de ses actions à sa fille, nommée présidente du conseil d’administration et à son beau-fils qui devient directeur général du groupe. «Ma maman n’a jamais connu son deuxième petit-fils ni pris connaissance de ma promotion», dit-il la voix, chargée d’émotion.

Attirer les talents

En sept ans, le couple Solenghi est parvenu à faire croître la société et à créer près de 80 emplois supplémentaires, malgré l’abandon du taux plancher qui a fait perdre à la PME certains marchés à l’étranger. «Notre usine est complètement automatisée mais nous ne sommes pas encore Industrie 4.0. Bientôt, les machines communiqueront entre elles. Et notre plus gros challenge sera d’attirer des talents à Bulle.

Nous ne sommes pas Google mais demain, nous aurons besoin d’informaticiens, de programmeurs et d’électromécaniciens, explique le patron de cette entreprise qui produit jusqu’à 10 000 tonnes d’acier par an. Si nous avions continué à percer et à souder à la main, nous aurions déjà disparu.»


Profil

1973 Naissance à Bodio (Tessin).

2000 Arrivée chez Sottas.

2005 Mariage avec Laure Sottas.

2008 Naissance de son premier enfant Théo.

2010 Naissance de son deuxième fils Nathan. Il est aussi nommé directeur général du groupe Sottas.

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