Doha devait à l’origine durer trois ans. Mais ce cycle de négociations est au point mort depuis son lancement en 2001. La tentation est forte, parmi les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui fête cette année ses 20 ans d’existence et a franchi ce mardi le cap symbolique des 500 plaintes, de «passer à autre chose».

La prochaine Ministérielle doit se tenir début décembre à Nairobi. Elle est censée s’inscrire dans le succès (relatif) obtenu lors du dernier sommet de Bali en 2013. Toutefois, deux camps s’opposent. Ceux qui prônent le statu quo, mettant en exergue leurs besoins en termes de développement. Contre les membres envisageant de faire table rase pour proposer de nouveaux sujets, davantage d’actualité pour eux, comme les investissements, les marchés publics, les technologies de l’information, le droit à la concurrence, les services, les chaînes de valeurs mondiales, etc. Les observateurs, eux, s’accordent à dire que cette étape africaine – première du nom – devrait se solder par la mise au rebut de Doha et le lancement d’un nouveau round de pourparlers baptisé «cycle de Nairobi».

Réforme poussée en vue

Vers quelle dynamique se dirige-t-on? Les objectifs de Doha ne seront très vraisemblablement pas atteints à Nairobi. L’OMC a donc déjà entrepris un exercice d’introspection approfondi, pour tenter de ramener l’épicentre du commerce international dans son giron. Ce d’autant plus que les initiatives d’accords bilatéraux et régionaux, lancées dans ce contexte de frustration induite par l’absence de résultats à Genève, pullulent. «Nous nous dirigeons vers deux résultats au Kenya: un mini-paquet, comprenant notamment à des aspects chers aux pays les moins avancés, de même que des orientations pour les futures négociations au sein de l’OMC, y compris sur les thèmes de Doha», estime pour sa part Didier Chambovey, ambassadeur helvétique chargé des accords commerciaux. Et le représentant de la Confédération au sein de l’OMC de commenter: «Jusqu’ici, nos travaux n’ont pas fonctionné. En l’état, il est peu probable qu’ils fonctionnent dans un avenir proche. Force est de constater que nous avons été trop ambitieux, pensant que nous pourrions reproduire l’exploit de l’Uruguay round. Mais les Big Bang commerciaux, à l’échelle multilatérale, n’arrivent qu’une à deux fois par siècles.»

Un certain nombre de pays – Suisse incluse – planchent ainsi depuis plusieurs mois sur des méthodes de travail alternatives pour sortir l’OMC de l’ornière. «Une des pistes consiste à adopter une approche plus sectorielle, sous forme de négociations plurilatérales, avec une masse critique suffisante et selon une architecture ouverte, permettant à tous les membres de se joindre au consensus, mais par étapes. L’enjeu, pour la Suisse, reste de maintenir une OMC forte, quitte à adopter un mécanisme plus raisonnable», conclut Didier Chambovey.