Folie des grandeurs ou approche visionnaire? Le débat est relancé depuis que Georg Stumpf, président et coactionnaire principal d'OC Oerlikon, a affirmé mardi à l'assemblée générale du groupe de haute technologie que cette société schwyzoise peut réaliser des acquisitions jusqu'à 10 milliards de francs. Il faut se pencher sur le sens industriel des investissements réalisés par les sociétés Victory (des Autrichiens Georg Stumpf et Ronny Pecik), Renova (du russe Viktor Vekselberg) et Everest (coentreprise des deux dernières) pour comprendre le sens de cette déclaration. A terme, ces positions pourraient donner naissance à un conglomérat de 40000 employés produisant un chiffre d'affaires de 12 milliards de francs, un tiers des ventes d'ABB.

Pour l'instant, Everest détient 17,51% des actions nominatives de Sulzer, ainsi que des options d'achat sur 14,4% du capital de ce fabricant de pompes pour l'industrie pétrolière et gazière, soit 32% en tout. «Une fusion avec Oerlikon n'aurait pas de sens, tant nos cultures d'entreprise et nos activités sont différentes», indiquait récemment à Finanz und Wirtschaft Ulf Berg, le président du conseil d'administration de Sulzer. Cela est vrai de la plupart des divisions de Sulzer, sauf de Metco. Cette dernière est aussi spécialisée dans le revêtement fin de surfaces qui rendent les matériaux plus résistants. Oerlikon y est aussi actif avec sa division de revêtement Balzers. Il est vrai que Renova a indiqué pour sa part qu'elle n'envisage pas un rapprochement entre Sulzer et Oerlikon, dont elle détient 14% du capital. Mais on peut envisager qu'Everest, ou directement Oerlikon, attende en fait que le cours de Sulzer continue à baisser avant de constituer une position plus importante et de lancer une offre d'achat sur le producteur de pompes. Son action a reculé de 12% depuis que Sulzer a renoncé à Bodycote fin avril. Le groupe schwyzois peut aussi lorgner sur le centre de recherche Innotec de Sulzer, qui est compétent dans l'amélioration des processus de production, dont la technologie de la soudure par laser.

Sulzer vaut 5,7 milliards de francs à la bourse et Renova investit de 1,5 à 2 milliards de dollars par an, indiquait au Temps son responsable des investissements, Vladimir Kuznetsov. Victory peut mettre sur la table de 3 à 5 milliards de francs, expliquait Ronny Pecik à Finanz und Wirtschaft. Les deux investisseurs ne vont sûrement pas en rester là, surtout depuis que l'ancien ambassadeur Thomas Borer tisse des réseaux pour Vekselberg.

Une autre pièce du puzzle est le groupe allemand M+W Zander, que Victory vient d'acheter fin avril pour un montant inconnu. Ce spécialiste mondial de la construction d'usines pour la haute technologie, principalement celle liée aux énergies renouvelables avec les cellules photovoltaïques, et aux semi-conducteurs, permettrait au conglomérat de livrer des usines clés en main, et de se développer verticalement en vendant aussi la technologie du vide (Oerlikon Leybold) qui les habiterait, centrale dans la production de puces ou de DVD. Le rapprochement est déjà envisagé par Victory: «Cette acquisition complète nos investissements actuels, en particulier ceux d'Oerlikon», indique la société d'investissement.

La division Components d'Oerlikon, qui développe des systèmes de communication et de navigation, a de forts liens avec Ascom, spécialisé dans la communication sans fil.

Reste à savoir qui de Renova ou de Victory assumera la paternité de cette naissance, qui ressemblerait à un spécialiste technico-industriel dans les métiers à tisser, les techniques du revêtement, l'énergie renouvelable et les hydrocarbures. La mariée est des fois enceinte sans le savoir, comme le permet la constitution de positions cachées à la limite de la loi.