Les valeurs de la haute technologie ont replongé vendredi sur la bourse électronique du Nasdaq devant le spectre d'une dépression dans le secteur des télécommunications, alimenté par Nortel, et des fabricants d'ordinateurs (voir chronique boursière en page 28).

La bourse électronique, qui avait commencé à relever la tête au cours des dernières séances, se croyant sortie d'une spirale de mauvaises nouvelles, a été brutalement rattrapée par les perspectives désastreuses du canadien Nortel et peu réjouissantes des américains Dell et Hewlett-Packard.

Nortel, géant mondial des équipements de fibre optique pour les réseaux de télécommunications, a fait l'effet d'une bombe jeudi soir en annonçant une perte au premier trimestre là où les analystes attendaient un bénéfice. L'équipementier, mettant en cause un ralentissement «plus sévère que prévu» de l'économie américaine, a aussi divisé par deux la prévision de croissance de son chiffre d'affaires (15% au lieu de 30%) pour 2001 et par trois celle de son bénéfice par action (10% au lieu de 30%). «Nous pensions bien que le premier trimestre serait horrible mais c'est pire que ce à quoi nous nous attendions», commentait la banque d'affaires Merrill Lynch vendredi dans une analyse sur Nortel.

«Nortel s'attend à ce que le ralentissement du marché américain se poursuive jusqu'au quatrième trimestre 2001», a-t-elle encore relevé. Les marchés européens et asiatiques doivent en revanche garder leur forte croissance, selon Nortel. Cette forte réduction des attentes de Nortel a fatalement ébranlé tout le secteur équipementier américain, qui se croyait encore à l'abri voici peu de toute tempête, grâce aux promesses de l'Internet, et se retrouve subitement en état d'alerte maximum. Sous l'électrochoc, Nortel, une des valeurs les plus prometteuses de la cote il n'y a pas si longtemps, dégringolait de 33% ou 9,88 dollars à 19,87 dollars vendredi à New York, voyant ainsi partir en fumée plus de 30 milliards de dollars de capitalisation boursière. Elle n'était guère plus épargnée sur la place de Toronto.

Dell déprime l'informatique

Nortel entraînait dans sa chute son principal concurrent, l'américain Lucent Technologies, en recul de 7% ou 0,92 dollar à 12,70 dollars, et tout le secteur des fournisseurs de fibre optique. JDS Uniphase, numéro un américain des composants de fibre optique, abandonnait ainsi 8 1/4 dollars ou 18% à 36 7/8 dollars, et Corning, autre spécialiste du secteur, 8,26 dollars ou 19,5% à 33,75.

Le deuxième fabricant de câble de fibre optique derrière Nortel, l'américain Ciena, qui a récemment annoncé des bonnes perspectives sur ses résultats, arrivait à limiter la casse avec une perte de 5,8% à 83 7/8 dollars. L'autre mauvaise nouvelle, quoique moins inattendue, est venue des fabricants d'ordinateurs, qui continuent à souffrir d'un ralentissement des ventes de PC et ont de nouveau révisé à la baisse leurs prévisions pour les mois à venir. Le deuxième constructeur mondial de PC, Dell, perdait ainsi 6% ou 1 1/2 dollars à 23 1/2 dollars après avoir averti que son chiffre d'affaires reculerait de 8% à 8 milliards de dollars au premier trimestre (fév-avr) 2001/02 par rapport au précédent. Le groupe Hewlett-Packard, dont les résultats jeudi ont aussi déçu les analystes, cédait 11% ou 4 dollars à 32,30 dollars.

Face à la morosité ambiante, tout le secteur piquait du nez: Compaq, premier fabriquant mondial d'ordinateurs, perdait 7% à 22,26 dollars, Apple 4,7% à 19 1/8 dollars, le géant des microprocesseurs Intel 3,5% à 10 1/8 dollars et Microsoft 3% à 56 13/16 dollars.