Le Nasdaq a montré une nouvelle fois des signes de faiblesse. Au cours de séances très volatiles, il a chuté de 9,7% ces deux derniers jours. Les perspectives de croissance hésitantes de certaines sociétés secouent avec vigueur le marché des valeurs technologiques. Motorola et Biogen sont de celles-là. La folle journée du mardi 4 avril est dans toutes les mémoires. Elle a ébranlé la confiance des opérateurs. Comme le souligne Bruno Estier, économiste auprès de Lombard Odier & Cie, «il y a deux mois, on prenait un risque en restant hors du marché. Aujourd'hui, le risque est peut-être d'en faire partie.» Nombreux sont donc les intervenants qui essaient de sortir de ces montagnes russes quand la première occasion se présente. Il suffit qu'une publication de résultat d'une entreprise de la Nouvelle Economie soit décevante pour que la machine à vendre s'emballe. Le verdict de l'affaire Microsoft tombé mardi de la semaine dernière a porté le premier coup. Résultat: le Nasdaq a connu une chute libre de 13,6% en quelques heures pour finalement se redresser. Le même scénario a eu lieu lundi et mardi. Mais cette fois à cause de la publication de résultats en demi-teinte de Motorola et de Biogen. En annonçant des profits au deuxième trimestre au-dessous des prévisions, la première entreprise de téléphone mobile américaine a vu la valeur de ses actions perdre 24% en un jour. La chute du titre de Biogen de près de 20% est liée à la publication d'un communiqué faisant état des problèmes que rencontre l'Avonex (médicament contre les scléroses), son produit phare. Les mauvaises nouvelles se sont répandues comme une traînée de poudre et l'ensemble des valeurs des secteurs des biotechnologies et des semi-conducteurs ont été touchées.

Courtage en ligne et volatilité

Pour de nombreux analystes, la volatilité du Nasdaq est étroitement liée à l'entrée sur scène des petits porteurs et des maisons de courtage en ligne telles que Schwab aux Etats-Unis ou Consors en Europe. Voulant profiter de cet eldorado, les ménages américains se sont largement endettés pour acheter des actions en offrant pour seule garantie d'autres titres. Tant que le marché est à la hausse, l'opération est intéressante étant donné que l'on gagne sur les deux tableaux, mais quand la tendance s'inverse, le retour de manivelle peut être dangereux. L'effet de levier se retourne contre l'investisseur et la maison de courtage en ligne oblige celui-ci à vendre pour faire face à ses obligations. Ce phénomène baptisé «appel de marge» est une source de grande instabilité sur les marchés financiers. Cette routine technique provoque la baisse des cours qui, dans un cercle vicieux, stimule d'autres ventes. Ces automatismes entourés de comportements irrationnels augmentent ainsi la volatilité de l'indice. Le Nasdaq devient alors un bouchon de liège dans une mer par gros temps.

Ces grosses vagues font plus que déstabiliser les nouveaux marchés européens. Le Neuer Markt allemand a perdu 6,89% mardi et les valeurs cotées au nouveau marché espagnol (Nuevo Mercado) ont cédé plus de 8% depuis sa naissance il y a deux jours. «Nous sommes au milieu de la correction tant attendue» lance Bruno Estier.