Les difficultés ne font que commencer pour le gouvernement britannique après la nationalisation de Northern Rock. La principale question concerne la restructuration de la banque elle-même: son passage «sous propriété d'Etat temporaire» ne résout pas ses difficultés financières. De plus, le gouvernement britannique fait aussi face à de longues batailles contre les actionnaires et contre Bruxelles. Et c'est sans compter le véritable casse-tête politique de Gordon Brown, accusé de ramener la Grande-Bretagne aux années 1970, avant la révolution libérale de Margaret Thatcher.

Pas de repreneur privé

Dimanche après-midi, après cinq mois de négociations infructueuses avec un possible repreneur privé, le gouvernement britannique a annoncé sa décision de nationaliser Northern Rock, la banque britannique qui avait provoqué une panique de ses clients en septembre.

Il avait pourtant tout fait pour éviter cette solution, mais les offres des deux repreneurs ont été jugées insuffisantes. Ceux-ci demandaient que le gouvernement britannique garantisse l'essentiel de la restructuration de la banque. Downing Street aurait donc pris les risques, tandis que les repreneurs auraient empoché les éventuels bénéfices. Inacceptable, a estimé Gordon Brown, qui a appelé à la rescousse Ron Sandler, l'ancien patron de la Lloyd's, pour prendre la tête de Northern Rock. Mais les difficultés sont loin d'être terminées pour le gouvernement britannique. Alistair Darling, le chancelier de l'Echiquier, a présenté lundi à la Chambre des communes une loi urgente lui donnant le pouvoir de nationaliser une banque «en cas de menace sérieuse sur la stabilité du système financier britannique». Celle-ci devrait être votée dans les prochains jours.

Ensuite, Ron Sandler doit proposer un plan de restructuration de la banque. Hier, pour son premier jour au siège de Northern Rock à Newcastle, il tentait de rassurer, affirmant que l'institution financière offrait une «bonne base sur laquelle construire». Mais tous les analystes estiment qu'il va être forcé d'annoncer un grand plan de licenciements. «De 6000 emplois, il est probable que la banque revienne à la taille qu'elle faisait il y a trois ou quatre ans, à environ 3000 emplois», estime Peter Hahn, de la Cass Business School.

Règles européennes

De plus, Northern Rock devra convaincre Bruxelles que le gouvernement britannique n'est pas en train de violer les règles de la concurrence. La commission européenne s'opposera à ce que la banque se développe rapidement en utilisant les aides de l'Etat. «Des règles vont être édictées par Bruxelles et cela posera des limites à ce que nous pouvons faire», a reconnu hier Ron Sandler.

Enfin, les perdants les plus évidents pour l'instant sont les actionnaires. L'action, qui s'était effondrée depuis l'été dernier, a été gelée hier. Le gouvernement annonce qu'il va évaluer le niveau de compensation adéquat, mais celui-ci risque d'être très faible. Les actionnaires, emmenés par deux hedge funds, RAB Capital et SRM Global, vont probablement poursuivre en justice le gouvernement. «S'il n'était pas intervenu, l'alternative aurait été la mise en faillite du groupe», se défend Gordon Brown.

Quant à savoir combien de temps Northern Rock restera nationalisée, Gordon Brown répond: «Nous la retournerons au secteur privé dès que possible, mais cela dépend du retour à la normale des marchés financiers et de l'avancée du plan de restructuration.» Autant dire que ce sera long: «Parler de quelques mois n'est pas réaliste. Nous parlons de plusieurs années», affirme Ron Sandler.