Novartis a repris quelques couleurs après l'annonce de la vente, à bon prix, de ses produits pour enfants Gerber à Nestlé. Le titre s'est légèrement apprécié à la Bourse suisse, hier en cours de séance. Le groupe pharmaceutique, également actif dans les vaccins et les médicaments génériques, a besoin de nouvelles positives après l'annonce, le 30 mars, du retrait aux Etats-Unis du produit Zelnorm, contre la constipation. Daniel Vasella n'a rien perdu de l'envie de se battre, comme il le confirme au Temps.

Le Temps: 5,5 milliards de dollars pour les produits Gerber. Est-ce un bon prix?

Daniel Vasella: Oui. Pour nous persuader de vendre cette affaire, il fallait offrir un prix attrayant. Les entreprises intéressées n'ont pas manqué. Nestlé a démontré, par le niveau de son offre finale, qu'elle était sérieusement intéressée. Le plus important est pourtant d'avoir, par cette vente, suivi notre stratégie de concentration sur les domaines de la santé.

- Ciba Vision (lentilles de contact) ne sera-t-il donc pas à vendre?

- Exact.

- Qu'en est-il, à ce propos, des médicaments vétérinaires?

- Je vous le répète, il n'y aura plus de cessions d'activités. De toute manière, la cession d'Animal Health n'a jamais été prise en considération. Les liens avec la santé humaine sont solides. D'ailleurs, pour des raisons évidentes, dans l'industrie, toutes les divisions de santé animale font partie de groupes pharmaceutiques plus larges.

- Vous ne vendez plus, mais vous êtes acheteur. Dans le domaine des vaccins, des rumeurs ont circulé sur votre intérêt pour Cytos, voire Crucell (ex-Berna)...

- Non, il n'y aaucun projet concret dans ce sens en ce moment. Dans ces circonstances, le choix du calendrier de discussions joue un grand rôle. La patience paie car, en montrant trop d'agitation, l'entreprise acheteuse s'expose à devoir débourser le prix fort. Mais, évidemment, nous essayons toujours de dénicher des acquisitions intéressantes.

- Serait-ce dans le domaine des génériques, alors que l'allemand Merck espère vendre sa division pour 5 à 6,5 milliards de dollars?

- Je n'ai pas de commentaires à ce sujet, mais je n'ai pas connaissance de telles rumeurs.

- Et si cette affaire finissait en mains indiennes?

- On assisterait à une expérience intéressante. Mais, au fond, peu importe si c'est une firme indienne ou israélienne qui acquiert les génériques de Merck KGaA. L'essentiel est que ces affaires soient gérées par une entreprise au fort sens éthique, prête à respecter les règles établies dans le secteur de la santé.

- Votre objectif n'est-il pas de retrouver votre place de numéro un sur le marché des génériques, devant l'israélien Teva, qui, lui, semble s'intéresser aux affaires de Merck?

- Très franchement, cela m'amuse d'être numéro deux. De cette manière, on a un objectif clair et on a toujours envie de se battre. La concurrence entre deux entreprises comporte de nombreux aspects positifs, et je préfère souvent être derrière que devant.

- Le titre Novartis a perdu plus de 7% en trois mois. Pourquoi les investisseurs ne font-ils plus confiance au groupe?

- Le retrait de Zelnorm et le retard dans le lancement de Galvus, contre le diabète, ont fait leur effet.

- Comment allez-vous remonter la pente?

- Aucun changement stratégique n'est envisagé. Ce type d'échec fait malheureusement partie des risques du métier d'industriel pharmaceutique. Nous allons continuer à travailler à de nouveaux projets, lancer de nouveaux médicaments et nous battre sur ce marché. N'oublions pas que nous avons déjà lancé trois médicaments cette année, dont Tekturna, un antihypertenseur au mécanisme d'action très innovant.

- Le retrait de Zelnorm est-il définitif?

- Je pense que la mesure décidée par les autorités de contrôle américaines (FDA) n'était pas nécessaire. Nous avons reçu plus de 2000 courriels de protestation de patients et de médecins privés de médicaments. La FDA a déjà délivré des autorisations au cas par cas. Je pense qu'à terme le médicament sera réintroduit, mais il n'atteindra plus le succès commercial de ces dernières années.

- Vos prévisions 2007 ont déjà été révisées à la baisse (à un peu plus de 5% de croissance du chiffre d'affaires net). La tendance est-elle lourde?

- Le bénéfice sera aussi affecté par le retrait de Zelnorm. Des calculs précis sont en cours, et nous donnerons quelques indications le 23 avril, lors des résultats trimestriels.

- Comment allez-vous investir le produit de la vente de Gerber?

- Dans les affaires ordinaires, soit en recherche et développement et en dépenses marketing, mais potentiellement aussi dans la réactivation du programme de rachat d'actions. J'espère aussi retrouver des possibilités d'acquisitions stratégiques.