Psychologie

Etre ou ne pas être aligné avec soi-même?

CHRONIQUE. Faire des choix, prendre des décisions en accord avec nos valeurs, les assumer dans la durée n’est pas chose facile. Et pourtant, quel gain d’énergie! Quel sentiment de profond bien-être lorsque nous y parvenons!

«Je rêve de gérer des équipes mais les RH ne sont pas convaincues», «Je viens de réussir mon brevet d’avocat mais je ne suis pas sûr de vouloir l’être», «Je ne suis plus en phase avec les valeurs de mon entreprise», «Ils veulent me promouvoir partner, je n’en ai aucune envie», «J’ai atteint tous mes objectifs mais je ne suis pas heureux», «Je veux absolument changer d’employeur mais je ne comprends pas; je ne reçois que des réponses négatives à mes candidatures».

Ces «petites phrases» nous envoient le signal que nous ne sommes pas alignés, qu’il y a une incohérence quelque part. C’est l’anthropologiste et linguiste Gregory Bateson qui, le premier, donne des clés pour la compréhension de nos conflits intérieurs avec sa description des niveaux logiques. Dans les années 1980, Robert Dilts les formalise avec sa fameuse pyramide, outil précieux pour aider un individu ou une organisation à opérer sa transformation de manière cohérente. Tout au sommet se trouve notre raison d’être et notre mission personnelle, puis nos différentes identités, viennent ensuite nos croyances, nos valeurs, suivies par nos capacités, nos comportements et enfin l’environnement dans lequel nous évoluons.

Une harmonie entre différents niveaux logiques

Et puis il y a la gymnaste Katelyn Ohashi! Quand tout s’aligne, ce n’est pas des planètes qu’il s’agit mais bien de l’harmonie entre ces différents niveaux logiques. Une vidéo, devenue virale, de la performance époustouflante de cette talentueuse Californienne de 21 ans nous offre une démonstration de ce que produit l’alignement parfait.

Hyper-concentrée, totalement présente à ce qu’elle fait, elle exécute sa chorégraphie avec aisance et professionnalisme, donnant l’impression d’une grande facilité et d’une extraordinaire fluidité. Sa gestion de la pression est exceptionnelle. Avec le public (elle n’a même plus besoin d’en faire abstraction), elle crée de la connivence et se nourrit de son enthousiasme. L’énergie est libérée. Katelyn Ohashi est authentique, sa joie est contagieuse. La maîtrise de son art est totale et lui vaut la plus haute note de la part du jury ainsi qu’une reconnaissance mondiale.

Cette «expérience optimale» nous fait oublier la partie cachée de l’iceberg: les heures d’entraînement, de travail acharné, les blessures, les opérations chirurgicales, les programmes de rééducation, les insultes concernant son physique, les doutes, les tentations de tout arrêter…

Repérer nos incohérences personnelles

C’est Mihaly Csikszentmihalyi, un professeur de psychologie, qui définit le «flow» en 1990: quand le corps ou l’esprit sont utilisés jusqu’à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose de difficile et d’important. Selon lui, pour chacun d’entre nous, il y a des milliers de possibilités ou de défis susceptibles de favoriser notre développement par l’«expérience optimale». Il en établit les caractéristiques: bon équilibre entre le défi et nos capacités, objectif clair, concentration maximum sur la tâche, pas de distraction, implication totale, immersion dans la réalisation de sa performance, disparition de la notion de temps, oubli de soi, plénitude, euphorie…

La recette magique de nos performances au plus haut niveau et de notre épanouissement réside donc dans notre aptitude à repérer nos incohérences personnelles. A nous de procéder ensuite à tous les ajustements nécessaires (de nos valeurs, croyances, comportements) qui vont nous permettre de cultiver l’alignement et d’être «in the flow»!

Notre dernière chronique sur le monde du travail: Allaiter au travail: illusion ou réalité?

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