Alors que d'autres pays en délégation à l'étranger adoptent des déclarations spectaculaires avant les réalisations concrètes, la Suisse préfère partir de la base. Entretien avec Pascal Couchepin, chef du Département de l'économie.

Au cours du voyage, certains participants se sont étonnés des questions de détail posées par les représentants de l'économie. Une délégation mixte sert-elle à fixer le prix local du mazout?

Pascal Couchepin: Une délégation mixte est une délégation conduite par un conseiller fédéral, donc elle doit avoir un caractère politique. Son premier but est de permettre l'accès, pour les industriels suisses, aux principaux responsables du pays afin qu'ils connaissent les intentions politiques et économiques de l'Etat en question. Parfois il faut être précis, parfois non. Aux industriels de décider! Etant entendu que, en adéquation avec la vision libérale, ils sont ensuite responsables de leurs éventuelles erreurs. Cela dit, nous devons être présents dans le monde. Si vous n'êtes pas présent, vous disparaissez.

– D'autres pays, comme la France, parviennent à conclure d'importants contrats lorsqu'une délégation officielle se déplace…

– La France, ou le Canada, dont les délégations regroupent 100 à 200 personnes, ont une vision, suivent un autre chemin. Alors que la France suit la stratégie dite «top down», déclarations politiques et économiques spectaculaires et ensuite réalisations au niveau des entreprises, la Suisse suit la stratégie «bottom up», en partant d'abord de la base. Le gouvernement français prépare un projet spectaculaire, par exemple dans le domaine des transports, souvent financé en partie par des fonds publics. Selon cette conception, on aurait aussi pu signer le contrat Embraer, au Brésil, avec faste. Nous préférons agir différemment. J'ajoute être optimiste sur les retombées de ce contrat.

– Avez-vous abordé cette question avec le président Cardoso?

– Non, nous ne voulons pas faire pression, mais nous avons rappelé à chaque occasion que, grâce à ce contrat, la balance commerciale allait être rétablie en faveur du Brésil pour plusieurs années.

– La délégation regroupait peu de membres des PME…

– Nous venons de décider de permettre à la SOFI de financer les PME suisses désireuses d'investir au Brésil. Il est aussi frappant de constater que les secteurs traditionnels (machines, chimie, alimentation) sont bien représentés, ce qui est moins le cas d'autres secteurs technologiques, comme celui des télécommunications. Les Espagnols sont plus présents que nous. Cela tient en partie du fait que nous avons trop tardé à libéraliser ces marchés en Suisse. Les dirigeants de ces entreprises vivaient paisiblement à l'abri des monopoles. La décision prise par le Conseil national de repousser l'ouverture du marché de l'électricité, loin de protéger l'industrie électrique suisse, va l'affaiblir. Le résultat c'est que d'autres prennent aujourd'hui les bonnes places. On devrait être présent sur le marché brésilien de l'électricité, aux côtés d'ABB ou de Sulzer.

Sinon, dans dix ou quinze ans, nous regretterons notre pusillanimité.