«Je pense avoir été choisie pour mon approche anglo-saxonne du management.» En poste depuis l'été 2005, la responsable informatique de la banque Bordier & Cie, Julia Aymonier, a un profil particulier. Elle est une femme, l'une des rares dans cette fonction. D'ailleurs, à l'issue d'une première sélection pour ce poste, elle était la seule sur 128 candidats. La carrière de cette Britannique, diplômée en informatique, lui a permis de connaître de nombreux postes liant technologie et finance: chez Hewlett-Packard aux Etats-Unis ou JPMorgan et la Compagnie de Trésorerie Benjamin de Rothschild à Genève. «C'est le réflexe anglo-saxon: si vous voulez progresser, vous devez changer de poste et d'employeur.»

Ce dynamisme était bienvenu chez Bordier. A l'époque, l'équipe informatique avait connu de nombreux départs. Et que la structure, propriété de trois associés, Pierre Poncet, Grégoire Bordier et Gaétan Bordier, soit une des «petites» des banques de gestion de fortune genevoise ne change rien à l'importance de l'informatique. L'établissement, qui gère 10 milliards de francs et emploie 160 personnes, dont 40 dans une filiale britannique indépendante, possède sa propre infrastructure: ordinateur central, progiciel bancaire (Olympic de la société genevoise Eri Bancaire), réseau et postes de travail. Tout est géré à l'interne par une équipe de huit personnes. «Nous ne faisons pratiquement pas appel à des sous-traitants», explique Julia Aymonier.

Accent sur la sécurité

Chez Bordier, les solutions choisies sont simples, avec un accent particulier mis sur la sécurité. Ainsi, au sein de la banque, les postes de travail n'ont pas accès au Web et l'accès à Internet est limité au courrier électronique. Les employés ne peuvent surfer sur la Toile que sur des postes déconnectés du reste du réseau de la banque. De plus, afin d'éviter de s'exposer aux erreurs de jeunesse, l'institut ne cherchera pas à être le premier à utiliser une nouvelle version d'un logiciel, qu'il s'agisse du système d'exploitation de ses PC ou de son progiciel bancaire.

L'évolution des exigences réglementaires - qui passent souvent par des développements informatiques - est naturellement un défi. «Mais le plus difficile est de déterminer quand nous devons acheter une solution ou quand nous devons la développer en interne.» Par exemple, une grande banque peut avoir suffisamment de clients étrangers demandant une attestation fiscale pour investir plusieurs dizaines de milliers de francs dans l'achat d'un logiciel spécialisé. Une structure plus petite devant produire moins de tels documents peut trouver plus réaliste de réaliser un outil en interne. «Chez nous, il n'y a pas autant d'automatisation que dans une grande banque.»

Julia Aymonier doit faire des choix. Qu'un grand projet se profile et d'autres réalisations seront reportées. Ainsi, la migration vers la version 2 du réseau de communication interbancaire Swift a consommé beaucoup de ressources l'an dernier. Cette année, l'effort majeur sera l'installation d'un système optimisant l'utilisation des capacités de stockage de données, un «storage area network», selon la terminologie anglo-saxonne.

La directrice informatique doit évidemment faire attention aux coûts. Cependant, si elle n'a pas la même puissance d'achat que ses homologues de plus grandes structures pour négocier les prix, elle peut s'appuyer sur le bonus d'image que confère le fait d'avoir Bordier comme client, explique-t-elle. Les sollicitations de sociétés cherchant à devenir fournisseurs sont d'ailleurs nombreuses. Le fait de ne pas compter parmi les poids lourds de la branche a aussi un aspect positif: la banque n'est active que dans la gestion de fortune, et pas dans la gestion institutionnelle, ce qui limite le spectre des questions auxquelles les informaticiens doivent répondre.

Accès direct aux associés

Et si Julia Aymonier n'a pas les moyens financiers de certains de ses homologues, elle a par contre un accès direct aux associés, en particulier Gaétan Bordier qui chapeaute son département. Un avantage de taille: «L'informatique est parfois difficile à expliquer. Un message transitant par une voie hiérarchique risque d'être transformé.» De plus, les associés sont jeunes et impliqués dans le fonctionnement de l'entreprise. Dans une petite structure, les décisions sont prises de manière simple. Par exemple, Julia Aymonier a pu faire adopter Linux, un système d'exploitation issu du monde du logiciel libre et devenu un outil sérieux. Elle a aussi fait recruter la deuxième femme de l'équipe informatique.