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«Il ne faut pas copier le modèle de la Silicon Valley»

Le directeur du CSEM préfère voir éclore plusieurs PME plutôt qu’une multinationale

«Il ne faut pas copier le modèle de la Silicon Valley»

Mario El-Khoury, directeur du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) à Neuchâtel, analyse la situation suisse.

Le Temps: Selon vous, pourquoi les start-up ont tant de difficultés à se transformer en grands groupes?

Mario El-Khoury: C’est beaucoup plus simple de devenir une multinationale lorsqu’une société est active sur un grand marché domestique. Si les Etats-Unis avaient la taille de la Suisse, ils rencontreraient les mêmes difficultés. Il y a aussi des raisons culturelles. Aux Etats-Unis, il y a une tolérance à l’échec et une plus grande prise de risque. En outre, l’enrichissement rapide inspire le respect et non la méfiance. Enfin, il faut aussi souligner que la Suisse ne soutient pas ses start-up, via des fonds étatiques. Contrairement à ce que font des pays tels la France, l’Allemagne, la Belgique, la Norvège ou Israël.

– Est-il nécessaire de voir éclore en Suisse des Google ou Amazon?

– Il ne faut pas chercher à copier ce qui se fait dans la Silicon Valley. Chaque pays doit exploiter ses spécificités. La Suisse n’a pas une culture du risque mais de la précision et de l’innovation. Je préfère voir éclore plusieurs PME qui engagent 200 personnes en Suisse plutôt qu’une multinationale qui ne crée que des milliers d’emplois à l’étranger. En revanche, ce qui m’inquiète davantage, c’est lorsque l’on brise les spécificités de notre système ou que l’on remet en question certains fondamentaux, comme nos rapports à l’Europe, la flexibilité de notre marché du travail ou la politique fiscale. J’aime donner comme image celle du sport. Ce n’est jamais l’équipe gagnante qui demande un temps mort pour casser le rythme de la partie. Or, c’est ce qui se passe en Suisse.

– Vous craignez également une désindustrialisation de l’économie. Pouvez-vous être plus précis?

– L’innovation n’est pas une option mais une nécessité pour la Suisse, vu ses hauts revenus, ses faibles ressources naturelles et son petit marché domestique. Pour maintenir la prospérité et pouvoir garder la tête haute en période de crise économique, la composante industrielle doit rester solide et représenter au moins 20% du PIB. Les économies qui résistent le mieux sont celles qui possèdent une forte composante industrielle. Or, décennie après décennie, cette part a diminué. De 45% dans les années 1970, elle atteint désormais 20%. En 2011, par exemple, 11 500 entreprises ont été créées en Suisse, ce qui représente 20 500 emplois. Dans le secteur de l’industrie et de l’énergie, on compte seulement 586 nouvelles entreprises pour 1068 emplois.

– Les start-up prometteuses du CSEM sont-elles aussi toutes rachetées?

– Certes, la start-up Avalon Photonics a été vendue en 2006 à la société américaine Oclaro, aujourd’hui détenue par II-VI, mais une partie des activités a été conservée en Suisse. Xemics, reprise par Semtech, a maintenu une centaine de personnes à Neuchâtel. Egalement rachetée par Sagem, Colibrys emploie toujours près de 70 personnes à Yverdon. D’autres sociétés pourraient devenir des succès commerciaux, à l’exemple de SenseCore ou Limmex.

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