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Le traitement des ordures ménagères fonctionne plutôt bien en Suisse, selon Robin Quartier, directeur de l’Association suisse des exploitants d’installation de traitement des déchets
© Laura Lezza/Getty Images

Forum

Ne jetons pas la poubelle dans la politique

Il est toujours possible de faire mieux, même dans la gestion des déchets. Cependant, rien ne sert de «s’acharner à améliorer ce qui fonctionne», écrit Robin Quartier, directeur de l’Association suisse des exploitants d’installation du traitement des déchets, en réponse à Isabelle Chevalley

Récemment, la conseillère nationale Isabelle Chevalley se fendait, dans les colonnes du Temps, d’un vibrant plaidoyer pour privatiser la gestion de nos déchets ménagers au profit des multinationales du ciment. L’idée est assez saugrenue et le texte d’Isabelle Chevalley est truffé d’erreurs qu’il serait vain de vouloir corriger ici, car cette surprenante ode aux fabricants de béton est probablement déjà oubliée par l’immense majorité des lecteurs. En effet, en matière de tri sélectif et de gestion des déchets, la mémoire humaine est d’une efficacité redoutable.

Avant de sombrer dans l’oubli, l’article d’Isabelle Chevalley a provoqué quelques haussements de sourcils chez les professionnels de la gestion des déchets, puis suscité une vague inquiétude: la poubelle sera-t-elle le champ de bataille politique des prochaines élections? Verra-t-on bientôt des parlementaires, inquiets pour leur siège, se jucher sur des containers pour haranguer les foules? Pour prévenir la politisation inutile d’un sujet qui ne s’y prête pas et éviter une poussée préélectorale de démagogie pseudo-environnementale, il semble opportun de rappeler quelques faits concernant la gestion des déchets en Suisse.

Un système qui fonctionne bien

Commençons par souligner que, dans notre pays, le traitement des ordures ménagères fonctionne plutôt bien. C’est un service public fiable que les Suisses considèrent comme une évidence. Bref, un sujet somme toute assez ennuyeux qui ne passionne pas les foules et encore moins les électeurs. L’argent, voilà un sujet bien plus intéressant. Tout est toujours trop cher, mais dans le cas précis, la plupart des gens ne savent pas combien leur coûtent leurs déchets. Voici donc une estimation: Une famille de quatre personnes qui trie correctement ses déchets utilise un sac de 35 litres par semaine. Dans les cantons où le sac est taxé (c’est-à-dire partout sauf à Genève), un sac de 35 litres coûte environ 2 francs. Notre famille dépense donc une centaine de francs par année pour que ses ordures soient collectées devant sa porte et éliminées dans l’usine de valorisation thermique des déchets la plus proche. Une centaine de francs par année pour une famille, voilà qui semble assez raisonnable, d’autant plus que la tendance est à la baisse. On ne peut pas dire que c’est la poubelle qui grève le porte-monnaie de la classe moyenne.

L’argument écologique

L’argument financier ne porte pas. Qu’en est-il de l’argument écologique? La gestion des déchets, telle que nous la pratiquons en Suisse, est-elle une catastrophe environnementale? Abordons cette question par un chiffre surprenant: chaque année, la Suisse, pays de lacs, de rivières et de fontaines, importe plus de 400 millions de litres d’eau minérale. De l’eau, plus ou moins riche en bulles, est donc transportée sur des centaines de kilomètres pour venir étancher la soif des Helvètes. Dans un pays où chaque robinet dispense une eau potable irréprochable, ces importations sont une aberration honteuse et siroter une eau minérale des îles Fidji sur une terrasse genevoise constitue un véritable crime écologique. Mais qu’on se rassure, ce scandale va cesser, car la solution est proche: il sera bientôt interdit de boire de l’eau minérale exotique… avec une paille. En effet, les pailles en plastique, ou plutôt les malotrus qui les laissent traîner n’importe où, semblent constituer une menace écologique majeure. C’est donc sans paille, mais la conscience apaisée, que nous boirons notre Fidji Water. Et bien entendu, nous veillerons à ce que la bouteille, une fois vide, aille dans le conteneur prévu à cet effet.

Le but de cet exemple cocasse est de démontrer que la gestion des déchets ne constitue en général qu’une partie infime de l’impact écologique total d’un produit. Cette constatation est particulièrement vraie en Suisse, où l’impact écologique du traitement des déchets est extrêmement faible: comme leur nom le suggère, les usines de valorisation thermiques des déchets (UVTD) valorisent nos déchets sous forme d’énergie. En 2017, les UVTD suisses ont produit assez d’électricité pour alimenter une ville comme Genève. La chaleur qu’elles ont injectée dans les réseaux de chauffage à distance remplace des centaines de milliers de tonnes de mazout. Si l’on additionne chaleur et électricité, la valeur de l’énergie produite dépasse les 250 millions de francs. Puisque les UVTD sont toutes en main publique, cet argent rentre dans les caisses publiques. Pour terminer, ajoutons encore que les UVTD sont soumises à des normes d’émission bien plus strictes que les cimenteries. L’épuration des fumées est si performante que l’impact des UVTD sur la qualité de l’air ambiant n’est même plus mesurable.

Il est toujours possible de faire mieux, même dans la gestion des déchets. Mais il ne faut pas s’acharner à améliorer ce qui fonctionne, car cela nous distrait des problèmes plus urgents. Laissons donc la poubelle hors de la politique.

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