Nous ne croyons pas que la victoire de George Bush à l'élection présidentielle va changer quoi que ce soit pour les obligations américaines. Beaucoup d'analystes ont suggéré que sa réélection annonçait le début de la chute des Etats-Unis dans le piège de la dette publique. Un piège dont ils ne pourraient sortir qu'en créant de l'inflation pour réduire la valeur des obligations. En fait, ces craintes sont exagérées.

Tout d'abord, la Réserve fédérale (Fed) est indépendante de l'administration américaine. Par conséquent, personne ne peut ordonner à Alan Greenspan et au comité directeur de la Fed d'inonder l'économie de liquidité. Ensuite, le nouveau président – quel qu'il soit, d'ailleurs – ne dispose d'aucune liberté d'action en matière de politique budgétaire. D'une part, il doit faire face au Congrès, qui est suffisamment raisonnable pour ne pas lui permettre de perdre le contrôle des finances publiques. D'autre part, il reste un certain nombre d'éléments coûteux, comme l'implication en Irak, la sécurité intérieure et une population vieillissante, qui vont continuer de creuser le déficit budgétaire. Ses mains sont donc liées et il va très probablement naviguer entre ces contraintes. Nous nous attendons à ce que le déficit budgétaire reste élevé pour un certain temps, mais pas à un niveau tel qu'il crée un risque pour la dette ou un krach obligataire.

Les investisseurs qui ont le dollar pour devise de référence vont peut-être même profiter au cours des prochains semestres des taux d'intérêt à long terme qui vont baisser à mesure que les indicateurs économiques seront moins bons.

Pour ceux qui sont en franc suisse, la seule complication concerne le dollar. Nous nous attendons à ce que le billet vert tombe plus bas dès que la détérioration des données économiques contraindra la Fed à ne plus relever ses taux d'intérêt. Cependant, un krach du dollar nous semble peut probable compte tenu de la volonté des banques centrales asiatiques d'intervenir, et du fait que le dollar est déjà substantiellement sous-évalué. Pour les investisseurs suisses, nous continuons à favoriser la zone euro plutôt que les obligations américaines. Mais ne recommanderions pas de vendre ces obligations à l'heure actuelle.