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Siegfried Gerlach, directeur général de Siemens Suisse, présente ses résultats 2016-2017.
© Siemens Suisse

Industrie

«Je ne vois pas comment atteindre les objectifs de Doris Leuthard en matière d'énergie éolienne»

A l’heure où le groupe Siemens supprime 6000 emplois à travers le monde, Siegfried Gerlach, directeur général de Siemens Suisse, s’explique sur le développement du rail, du numérique, des énergies. Il souligne que la Suisse sera épargnée par ces restructurations

Siemens est l’un des plus grands groupes industriels européens, leader de l’énergie éolienne et du ferroviaire, mais aussi un acteur clé dans le domaine de la santé. Il est toutefois en pleine transformation. Il s’apprête par exemple à introduire en bourse Siemens Healthineers, son ancienne division des techniques médicales, et évalue la possible réduction de ses sites de production dans le domaine énergétique. Ce jeudi, le groupe allemand a notamment annoncé la suppression de 6000 emplois au sein de Siemens Gamesa, filiale dédiée à l’éolien, ainsi que des résultats inférieurs aux attentes.

L’action Siemens a baissé de 3% jeudi à l’ouverture à Francfort, après un résultat trimestriel en chute de 10% pour les activités industrielles, tandis que le titre Siemens Gamesa a chuté de 6% à la bourse de Madrid.

De son côté Siemens Suisse est l’un des plus grands employeurs étrangers du pays, avec 5379 collaborateurs. Que dire des suppressions de postes? «Nous n’avons ni un tel projet en Suisse, ni des employés liés à l’énergie éolienne», note le porte-parole de Siemens Suisse. Il souligne par ailleurs que le niveau de qualification est élevé puisque 75% des employés, en Suisse, ont une formation académique.

A lire aussi: Alstom-Siemens, le défi industriel européen

En Suisse romande, l’entreprise emploie 437 personnes à plein-temps sur six sites. Le potentiel de croissance est supérieur à la moyenne, selon la direction. Le siège romand est à Renens (VD).

Les résultats 2016-2017 de Siemens Suisse (à fin septembre) montrent une stabilité du chiffre d’affaires, à 2,16 milliards de francs et une hausse de 7% des entrées de commandes, à 2,3 milliards. L’entreprise ne publie pas son bénéfice. Son directeur, Siegfried Gerlach, répond aux questions du Temps suite à la publication de ses résultats annuels 2016-2017:

Le Temps: Est-ce que les conditions-cadres restent favorables en Suisse?

Siegfried Gerlach: Nous avons d’excellentes conditions-cadres en Suisse, mais elles sont de plus en plus remises en cause par certains milieux. Nous ne manquons pas de nous exprimer si la direction n’est pas celle que nous souhaitons. Il y a quelques années, nous pouvions nous concentrer sur nos affaires, mais aujourd’hui nous devons davantage garder un œil sur la politique et les réglementations.

Est-ce que la baisse du franc améliore vos affaires?

Nous nous en réjouissons dans la mesure où elle améliore la compétitivité de nos clients. Nous-mêmes ne sommes pas très dépendants des taux de change puisque nous importons beaucoup de produits des pays européens.

Etes-vous satisfait des résultats 2016-2017?

Oui, je suis très satisfait notamment de la hausse de 7% des entrées de commandes. Mais j’aurais apprécié une hausse également du chiffre d’affaires plutôt qu’une stagnation. Nous avons toutefois dû accepter le renvoi de certaines commandes à plus tard. L’année 2016-2017 était solide sans moment particulier à mentionner, à l’exception d’une commande de locomotives très significative.

Quelles sont les principales tendances?

Les entreprises de l’industrie sont de plus en plus attentives à la numérisation et à ses effets. Les clients sont à la quête de nouveaux modèles d’affaires. Dans l’énergie, ils réagissent à la stratégie énergétique 2050 et procèdent à de vastes réorganisations. Notre position est confortable dans la mesure où nous sommes présents à toutes les étapes de la chaîne de valeur, de la production à la distribution, à une exception toutefois, l’énergie nucléaire.

En Suisse, dans quelles unités êtes-vous en expansion?

Nous progressons dans toutes les divisions, même si la branche énergétique fait face à l’environnement le plus difficile. Chacun sait que les producteurs d’énergie sont à la peine, mais nous augmentons tout de même notre volume d’affaires. Ce secteur représente 10 à 15% du total.

Vous êtes leader de l’énergie éolienne en Europe. Quelles sont les perspectives en Suisse?

En Suisse, l’énergie éolienne ne joue aucun rôle, malheureusement. Avec la coentreprise Siemens-Gamesa, nous avons pourtant des solutions compétitives. Nous participons depuis des années au projet de la Montagne de Buttes [parc de 19 éoliennes dans le val de travers, ndlr], mais les oppositions se prolongent.

Ne croyez-vous pas à l’avenir de l’éolien?

Si j’écoute Doris Leuthard et sa stratégie 2050, nous aurons besoin de très nombreuses éoliennes en Suisse, mais je ne vois pas comment y parvenir. Si cela devait toutefois se concrétiser, nous serons là.

Comment vous réorganisez-vous pour accompagner la numérisation?

La numérisation touche toutes les branches du groupe à des degrés divers. Prenons quelques exemples: Dans la technologie du bâtiment, nous y sommes depuis longtemps très actifs. Les données des bâtiments sont utilisées pour accroître leur efficience énergétique. Les économies d’énergie atteignent alors jusqu’à 40%.

Dans l’énergie, la numérisation passe par l’introduction des logiciels intelligents. Ces derniers permettent de procéder à des simulations virtuelles sur l’ensemble de la production.

Dans notre branche de mobilité, nous proposons dorénavant des services mobiles qui permettent de calculer automatiquement le prix du déplacement en fonction du moment où vous entrez et de celui où vous sortez d’un véhicule.

Dans la santé, la numérisation influence nos activités depuis longtemps. L’amélioration de la qualité de ces «data» [données, ndlr], améliore considérablement les diagnostics.

Comment adaptez-vous vos effectifs à la numérisation? Quelle sera l’évolution des salaires en 2018?

Nous effectuons d’importants efforts de formation pour que chacun dispose du savoir-faire le plus moderne possible. Le métier de data analyste n’est pas très ancien. La façon dont nous vendons nos services a aussi évolué en direction du conseil. Nous offrons des salaires compétitifs, mais il n’y a pas de fortes hausses salariales. Pour 2018, nous augmenterons les salaires de 1% en moyenne.

Est-ce que les effectifs vont augmenter?

Le nombre d’employés croît modérément, en relation avec le volume d’affaires. Pour Siemens Suisse, les effectifs vont diminuer en raison de la création de Siemens Alstom. Pour le reste, le nombre sera stable.

Le groupe est en phase de restructuration puisqu’on parle de la fermeture de 11 sites sur 23 dans le monde. Est-ce que cela touche la Suisse?

Ces informations proviennent de médias allemands et ne sont pas confirmées. Mais ces rumeurs concernent toujours les productions d’énergie, en particulier le pétrole et le gaz. Même si elles se concrétisaient, la Suisse ne serait pas touchée.

Quelles innovations devraient prochainement entrer sur le marché suisse dans les technologies du bâtiment?

Dans la construction, les innovations concerneront les systèmes de guidage et l’automatisation. Les bâtiments sont encore exploités comme si nous laissions fonctionner le moteur de notre voiture parce que nous savons que tôt ou tard nous nous déplacerons. Les bâtiments intelligents seront gérés en fonction du nombre de personnes qui sont à l’intérieur, de l’évolution de la météo à l’extérieur et de ses prévisions. Le besoin d’énergie diminuera fortement à l’avenir dans ce domaine.

Quels développements en matière d’intelligence artificielle resteront du domaine du rêve et lesquels se concrétiseront?

Nous avons déjà achevé un projet de bâtiment intelligent avec l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Ce bâtiment vit pratiquement en autarcie et ses besoins en énergie sont gérés en fonction des prévisions météo. Nous sommes donc très en avance. Notre savoir-faire dans ce domaine peut s’appliquer aussi bien à des bâtiments industriels qu’à des stades. Dans la construction, la grande innovation en marche, c’est la méthode BIM (Building information modeling), qui permet de réaliser un jumeau numérique de chaque nouveau bâtiment.

Les scientifiques de l’Université de Stanford ont montré qu’il était possible d’économiser 40% des coûts de conception, de planification et de construction grâce à BIM. Ce résultat s’explique par l’intégration optimale des contributions, auparavant dispersées, des architectes, des électriciens et divers sous-traitants. Mais sur l’ensemble du cycle de vie d’un édifice, cette phase initiale ne représente qu’environ 20% des coûts totaux. L’avantage du jumeau numérique est ensuite de pouvoir fournir des informations fiables tout au long de la durée de vie d’un bâtiment, jusqu’à sa démolition. Si BIM avait existé, le «désamiantage» des bâtiments aurait par exemple coûté considérablement moins cher. Beaucoup de nos produits sont déjà adaptés à BIM.

Quelle est votre stratégie à l’égard des robots?

Nous ne sommes pas un producteur de robots comme ABB, mais nous sommes spécialistes de leur pilotage, de leur vérification et de leur surveillance. Pilatus Aircraft par exemple utilise notre logiciel pour son nouveau PC 24. Il n’aura eu besoin que de quatre ans avant son premier vol, contre six ans pour le modèle précédent.

Comment se développe la division santé sachant que les techniques médicales ont été externalisées? Et qu’attendre en Suisse de son entrée en bourse?

L’évolution est positive sur le plan mondial et suisse. Nous sommes sans doute le leader de l’innovation en matière de diagnostics in vivo et in vitro dans un pays qui est lui-même très en avance. C’est d’ailleurs par l’amélioration des diagnostics que l’on a les meilleures chances de réduire les coûts de la santé. L’introduction en bourse de Siemens Healthineers devrait survenir au premier ou au deuxième trimestre 2018. En Suisse cette activité concerne environ 200 collaborateurs.

Quels sont vos plans de croissance dans le domaine ferroviaire?

Avec la fusion avec Alstom dans ce domaine, nous nous renforçons sensiblement sur le plan européen à la fois dans le matériel roulant et les infrastructures. Nous avons même de bonnes chances de rivaliser sur le marché mondial avec les grands groupes chinois.

Prévoyez-vous de grandes transformations pour Siemens Suisse ces trois prochaines années compte tenu de la réorganisation du groupe?

Il y aura naturellement des changements. Le regroupement avec Alstom créera une unité de 800 employés en Suisse. Les filiales régionales joueront un rôle toujours plus important dans le cadre d’une stratégie de rapprochement des clients.

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