Matières premières

Le négoce et les banques «sont dans le même bateau»

Plus que les incertitudes législatives suisses, l’industrie des matières premières craint un durcissement de l’accès au crédit auprès de banques sous forte pression réglementaire.

L’industrie du négoce sait cultiver ses secrets. Impossible de révéler – sans consentement préalable – la teneur des discussions ou les noms des institutions (maisons de négoce, établissements bancaires ou d’audit) qui ont répondu à l’invitation de la Chambre de commerce internationale (ICC) ce lundi à Zurich.

Dans le luxueux hôtel Savoy Baur en Ville – à deux pas de la Paradeplatz – la série de conférences «Dans l’industrie des matières premières» avait pourtant quelque chose d’historique. Pour la première fois, les deux poids lourds du négoce Glencore et Trafigura étaient présents sur une même plateforme pour discuter de ce secteur «méconnu», souligne Thomas Pletscher, secrétaire général d’ICC. Au menu: responsabilité sociale, transparence mais surtout rappel de l’importance du négoce pour l’économie suisse.

Chaque employé «pèse» 700 000 francs

Le secteur représente près de 4% du produit intérieur brut (PIB) suisse – soit quelque 25,7 milliards de francs – et emploie 36 000 personnes, selon les chiffres de la faîtière Swiss Trading and Shipping Association (STSA). Soit une valeur ajoutée par employé de quelque 700 000 francs, calcule le représentant d’une organisation économique: «La perte de chacun de ses postes entraînerait des coûts économiques immenses.»

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En ligne de mire: la détérioration des conditions-cadres en Suisse avec le succès de l’initiative populaire «contre l’immigration de masse». Pour ce même représentant, les «entreprises s’installaient dans notre pays parce qu’il possède un système politique stable et que l’accès à la main-d’œuvre est assuré. Mais certains de ces facteurs sont aujourd’hui sous pression».

Et l’instabilité va perdurer après l’échec de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III). Du côté du géant du négoce Trafigura, actif dans le pétrole et les minéraux, on se dit «déçu» par le refus d’une loi visant à replacer le cadre juridique suisse en conformité avec les exigences internationales mais on reste serein sur la «capacité des autorités suisses à trouver une alternative satisfaisante», soutient Andrew Gowers, responsable des affaires publiques pour Trafigura.

Des «anxiétés» bancaires

La maison de négoce genevoise se dit en revanche plus préoccupée par la «prochaine vague de régulation bancaire». Certaines «anxiétés» ont émergé de voir les négociations «Bâle IV» déboucher sur un cadre juridique inapproprié qui pousserait les banques à déserter le négoce de matières premières, asphyxiant ainsi non seulement les maisons de négoce mais aussi les PME des pays producteurs, souligne l’étude Trade Finance and Regulation: The Risk of Unintended Consequences, commanditée par Trafigura.

De plus, certaines ont été échaudées par les amendes infligées à certains gros acteurs. BNP Paribas avait écopé en 2014 de 8,9 milliards de dollars d’amende pour avoir violé – en grande partie depuis Genève – des embargos américains contre Cuba, l’Iran et le Soudan. Pour le représentant d’un établissement helvétique, présent lors de la conférence, c’est tout le secteur du négoce qui est indirectement soumis aux régulations bancaires: «Nous sommes dans le même bateau. L’évolution des normes fiscales a bien sûr un impact sur les activités de négoce.»

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Le Swiss Research Institute on Commodities (SRIC) a effectué un sondage parmi les 500 entreprises actives dans le secteur (seule 61 ont répondu). Un coup de sonde, dont les résultats ont été publiés lundi, qui rappelle deux choses: 80% d’entre elles sont de petites structures qui comptent moins de 100 employés et 20% du secteur ne dépend pas du financement bancaire pour la conduite de ses activités.

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