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Matières premières

Dans le négoce genevois, de nouvelles structures pour remplacer les banques

Deux anciens de BNP Paribas lancent Commodity Trade Invest, une société financière mettant en lien investisseurs et maisons de commerce lémaniques recherchant des prêts . Les petites sociétés du secteur ont vu leur accès au crédit bancaire drastiquement réduit depuis le début de la crise. Les grands groupes du secteur et les fonds d’investissement jouent également ce rôle de banquier [avec une *mise à jour le 18 avril 2013]

Surprise. Les traders de matières premières genevois manquent de fonds. Le problème ne date pas d’hier. «Depuis 2008, on a vu apparaître un vrai rationnement des crédits sur les tranches inférieures du marché», avertissait – un peu dans le vide – le patron d’une petite société de négoce de La Côte croisé il y a trois ans, lors d’un forum.

La situation ne s’est pas arrangée. «Même de taille moyenne – dans le pétrole, cela signifie entre 300 et 500 millions de ventes annuelles –, ces sociétés ont énormément de mal à accéder aux crédits bancaires», relate Jacques Béglé, ancien coresponsable du financement du négoce chez BNP Paribas. Mieux vaut passer son chemin si l’on ne peut présenter des fonds propres de 5 millions de dollars. Si l’on ne peut mettre sur la table – «cash» – les marges sur les opérations en attente de bouclage. Ou si la relation d’affaires n’assure pas à la banque au moins 200 000 francs de rentabilité annuelle.

Jacques Béglé a ouvert en mars Commodity Trade Invest, boutique destinée à mettre en relation des «investisseurs» – hedge funds, banques privées, ex-traders fortunés et même grosses sociétés de négoce – acceptant de débloquer des prêts à ces sociétés de négoce. Des prêts de courte durée – trois mois en moyenne – et gagés sur les cargaisons acheminées. Les montants varient en fonction des produits: de l’ordre de 3 millions de dollars pour le charbon, de 5 à 10 millions pour les métaux, de 10 à 30 millions pour les hydrocarbures. «On essaie de se concentrer sur les transactions offrant le plus de garanties; en restant à l’écart de certains produits agricoles périssables, comme les grains, qui sont également plus exposés aux fraudes», décrit Philippe Steiner, cofondateur de la société, également un ex de BNP Paribas. Le premier prêt – destiné à financer le déplacement par train de pétrole de l’ex-URSS – doit être bouclé ce mois-ci.

Les taux d’intérêt pratiqués? De 4% si la cargaison est prête à être expédiée à 15% si la marchandise n’est pas encore produite. Ces conditions peuvent sembler exorbitantes au regard des taux de 2 à 5% dont bénéficie un géant du secteur en apportant comme garantie la seule solidité de son bilan.

Reste que ces dernières années, alors que les banques laissaient leur téléphone sonner dans le vide, la relève a été prise par les empires du négoce comme Vitol, Trafigura ou Mercuria. «Ces groupes ont d’autant plus vite saisi l’opportunité qu’ils pouvaient, eux, toujours obtenir à faibles coûts les fonds qui allaient ensuite être prêtés», remarque Philippe Steiner.

Des fonds d’investissement, comme Niton Capital ou EuroFin Asia, ont également été montés pour jouer le rôle de banquier. «Les promesses de retour faites à leurs souscripteurs – entre 12 et 18% – sont cependant un handicap les obligeant à financer des opérations plus risquées, par exemple concentrées sur les préfinancements ou sur l’Afrique», poursuit Jacques Béglé, spécialiste du pétrole, depuis trente ans dans le secteur. «Et puis que deviennent les détails confidentiels que fournit le négociant sur ses affaires pour décrocher le prêt – données vitales dans un métier qui vit des inefficiences d’information?» interroge le patron de Commodity Trade Invest.

*Mise à jour le 18 avril 2013

[La société Eurofin Asia fait savoir ce qui suit: Contrairement à ce qu’indique le fondateur de la société genevoise CTI (LT du 09.04.13), des fonds d’investissements tels que ceux mis au point par EuroFin Asia ne font pas à leurs souscripteurs « la promesse de retour compris entre 12 et 18% », ce qui ne les oblige pas « à financer des opérations risquées , précise le responsable de cette société basée à Singapour. Dédiée aux crédits structurés à destination du négoce de matières premières, EuroFin Asia « ne fixe aucun plancher de rendement » ajoute Christian Stauffer qui précise « ne pas financer à ce jour d’opérations sur l’Afrique ».]

Mieux vaut passer son chemin pour une société n’assurant pas 200 000 francs de rentabilité à sa banque

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