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Dans le salon très «Belle Epoque» de l’hôtel Beau-Rivage de Lausanne, on est plutôt resté dans l'entre-soi des grands négociants de matières premières.
© Financial Times Live

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Dans le négoce, on reste dans l’entre-soi

Réunis à Lausanne, les barons du négoce mondial ne craignent ni une guerre commerciale, ni les tensions avec la Russie. Les marchés ont appris à faire avec la géopolitique alors que le pétrole reste toujours incontournable

La révolution des matières premières attendra encore un peu. Dans le salon très «Belle Epoque» de l’hôtel Beau-Rivage de Lausanne, les patrons des principales maisons de négoce ont rappelé mardi le rôle prépondérant du pétrole dans l’économie mondiale, à l’occasion du forum des matières premières, le FT Commodities Global Summit.

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Le patron du trader Gunvor, Torbjörn Törnqvist, s’est notamment attelé à déboulonner le mythe d’un pic de la demande: «Dans dix ans, la consommation de pétrole continuera à augmenter, portée par la demande des pays émergents en énergies fossiles.» Et ce, malgré le momentum des voitures électriques dont les ventes affichent une hausse de 50%. Elles ne représentent encore qu’un infime pourcentage du parc automobile mondial. Et plus de 80% de la consommation d’énergie globale provient toujours de l’énergie fossile.

Lire également: Marco Dunand: «La concentration du négoce se poursuit»

Le cobalt tousse, le cuivre sourit

D’autant que les extracteurs des métaux nécessaires à la fabrication des batteries toussotent déjà. La production mondiale de cobalt, dont les cours ont pris l’ascenseur, est consommée à plus de deux tiers par les composants électriques. Si de nouveaux gisements ne sont pas exploités, un goulot d’étranglement menace pour 2020 déjà. «Les véhicules électriques ont un impact beaucoup plus important sur les minerais que sur le pétrole», a contrasté Jeremy Weir, directeur de Trafigura, en rappelant l’écart entre offre et demande.

A ce sujet: La flambée du cobalt affole les firmes de technologie

A noter que le trader zougois Glencore, qui a annoncé vouloir tripler sa production de cobalt d’ici là, vient d’investir 1,7 milliard de dollars pour acquérir 82% des parts de la mine australienne de charbon Hail Creek. Le nouveau monde n’est pas près de changer l’ancien.

Sur le plan géopolitique, aucun des grands patrons de maison de négoce ne semblait s’inquiéter outre mesure d’une possible «guerre commerciale». L’instauration par Donald Trump de droits de douane de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium avait déjà été tentée en 2002 par George W. Bush. Les négociants lui ont survécu.

Les tensions géopolitiques? «Business as usual»

La réélection de Vladimir Poutine à la tête de la Russie, jusqu’en 2024, a à peine été évoquée. Il est vrai que l’ancien officier du KGB, 65 ans, souffle le chaud et le froid sur son pays depuis vingt ans. Martin Wolf en a vu d’autres. L’éditorialiste du Financial Times, 72 ans, rappelait lors d’un panel, qu’en quarante ans, les tensions géopolitiques n’avaient jamais affecté les relations énergétiques entre l’Est et l’Ouest.

Les négociants n’avaient pas non plus l’air de croire à un «âge d’or» de l’énergie américaine. Malgré la réouverture des forages de pétrole de schiste, qui a fait des Etats-Unis le deuxième producteur de brut au monde (dix millions de barils par jour), le cours du brut a repris des couleurs et s’échange au-dessus de 65 dollars. Un mirage il y a deux ans.

Les hydrocarbures de schiste, un rendement limité

Pas de quoi changer le paradigme mondial pour Andrew MacKenzie, directeur général du mineur australien BHP Billiton. «Le fait est que les hydrocarbures de schiste continueront à offrir de bons retours sur investissement pendant dix ans. Mais cela ne durera pas éternellement», prévient-il en évoquant le déclin naturel des forages de schiste et la consécutive hausse de leurs coûts d’exploitation.

En ouverture du sommet, le directeur de BHP Billiton soulignait que c’est la croissance de la population mondiale et l’urbanisation des pays émergents qui représentaient, pour lui, les principaux vecteurs de croissance pour l’industrie des matières premières. Difficile de prendre la mesure de cette affirmation depuis les salons feutrés du Beau-Rivage. Les barons du négoce qui se sont succédé mardi sur les cinq premiers panels étaient tous des hommes occidentaux d’âge moyen. Dans le négoce, on reste encore dans l’entre-soi.

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