Louis Dreyfus arrive à Genève. L'un des plus grands groupes de négoce au monde installe au bout du Léman une succursale orientée vers les marchés de l'Est. Les opérations viennent tout juste de débuter avec une équipe restreinte de trois personnes. Cette cellule a un an pour faire ses preuves auprès du groupe. Si les opérations réalisées depuis Genève s'avéraient intéressantes, Louis Dreyfus pourrait augmenter sa présence de manière significative et développer un nouveau pôle fort d'activités en Suisse.

L'empire Louis Dreyfus, secret comme toute maison de négoce qui se respecte, compte près de 7000 employés et 300 sociétés dans le monde. Des estimations placent son chiffre d'affaires aux environs de 23 milliards de dollars. Ce qui en fait un des poids lourds mondiaux du trading des matières premières agricoles, derrière les américains Cargill et Continental Grain, le zurichois Glencore et le vaudois André.

Les atouts de Genève

Pour le groupe français, Genève présente plusieurs atouts. «C'est un nom qui compte pour les clients des pays de l'Est», explique Eric Zaehner. Ce dernier occupe le poste de délégué du conseil d'administration de Socef (société commerciale de céréale et financière), une filiale à 100% de Louis Dreyfus. «Nous sommes installés à Zurich depuis 1942, poursuit notre interlocuteur. Socef s'occupe des activités financières du groupe.» Pendant la Deuxième Guerre mondiale, Louis Dreyfus, après avoir vu ses biens mis sous séquestre en France, avait créé une filiale en Suisse afin de poursuivre ses activités de négociant. Craignant l'infiltration allemande, le groupe avait préféré rebaptiser son antenne avec un nom à la consonance moins juive. Socef a perduré et c'est sous cette identité que le groupe devrait opérer depuis Genève.

Une société arrive, une autre disparaît. Louis Dreyfus a saisi l'opportunité du rachat par Cargill de la filiale Finagrain à Continental Grain pour récupérer certains de ses collaborateurs parmi les 110 que comptait cette dernière à Genève (lire Le Temps du 12 novembre 1998). L'opération entre les deux géants n'a toujours pas reçu l'aval des autorités antitrust américaines qui leur demandent d'éclaircir de nombreux points, semble-t-il. «Cargill et Continental Grain n'ont pas suffisamment évalué les conséquences du rachat dans les différents points du monde où Finagrain était présent, analyse un bon connaisseur du dossier. Aujourd'hui, ils doivent composer avec la législation, notamment sociale, de différents pays.»

Résultat, les employés genevois de Finagrain attendent le feu vert de Washington pour savoir ce qu'il adviendra d'eux. Une vingtaine de personnes ont déjà leur contrat de travail en main avec l'en-tête du repreneur et sont prêtes à rejoindre Cargill. «Environ 50% de nos collaborateurs sont déjà partis d'eux-mêmes, estime Poul Schroeder, président de Finagrain. La grande majorité a retrouvé du travail à Genève et d'autres ont rejoint le marché londonien». Les cinq spécialistes du marché du sucre, qui ne traitaient quasiment plus rien vu la situation transitoire de la firme, ont déjà rejoint Cargill. «A la fin, nous espérons que moins de 10 personnes devraient nous quitter sans avoir retrouvé de travail», prévoit Poul Schroeder.