Innovation

Des négociants à Genève s’allient pour imposer la blockchain

Mercuria, Gunvor et Koch Supply & Trading se sont associés à six géants du pétrole et du secteur bancaire. Objectif: lancer, dès fin 2018 et à l’échelle mondiale, une plateforme basée sur une chaîne de blocs pour les transactions de matières premières énergétiques

Il s’agit pour l’heure d’un prototype. Mais ses chevilles ouvrières prévoient de commercialiser une version plus aboutie à la fin de l’année prochaine. Et ce, à l’échelle mondiale. BP, Shell et Statoil ont en effet annoncé cette semaine leur partenariat avec le genevois Mercuria, Koch Supply & Trading et Gunvor, ainsi que les banques ABN Amro, ING et Société Générale. Un consortium inédit ayant pour objectif de finaliser une plateforme numérique sécurisée, fonctionnant en temps réel et basée sur une chaîne de blocs («blockchain»), afin de gérer les transactions d’énergie physique, de l’entrée au règlement final.

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La structure, gérée et exploitée comme une entité indépendante, sera ouverte à l’industrie des matières premières. Avec pour objectif de remplacer les contrats papier et les documents d’exploitation traditionnels – généralement encombrants –, par des pactes intelligents et des transferts authentifiés de documents électroniques.

Moderniser la gestion du négoce

Le dispositif est pour l’heure en attente des approbations réglementaires qui s’imposent. Conçu et déjà soumis à un stress test par ses investisseurs qui constituent un segment clé de sa base d’utilisateurs, il vise à réduire les risques opérationnels administratifs et les coûts d’échange d’énergie physique.

Cette combinaison d’expertise, adossée aux technologies numériques de pointe, est aussi censée améliorer la fiabilité et l’efficacité des opérations de back-end pour l’ensemble des fournisseurs et autres intermédiaires du secteur, tout en ouvrant la voie à des solutions innovantes de financement. C’est-à-dire, transformer notamment la dynamique de levée de nouveaux capitaux.

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A terme, cette initiative pourrait entraîner la migration de toutes les formes de données sur les transactions énergétiques vers la blockchain, améliorant ainsi la qualité des données, renforçant la fiabilité (vérification automatique pour éviter les fraudes documentaires) et augmentant la rapidité des règlements à l’échelle industrielle tout en réduisant les coûts pour les participants.

Un record d’efficacité jamais atteint

L’industrie de l’énergie, déjà entravée par des inefficacités et des procédures obsolètes, est devenue plus complexe à mesure que de nouvelles entités entrent dans l’industrie. «Plus tôt cette année, une autre démarche conjointe d’ING, de Mercuria et de la Société Générale, baptisée Easy Trading Connect, a présenté des résultats convaincants avec ce que nous considérons comme la première incursion du secteur dans la blockchain», signale Carolien van der Giessen, représentant d’ING et responsable de la communication du consortium.

Les résultats de l’expérience, consistant à vendre à trois reprises une cargaison de pétrole contenant du brut africain en Chine, via des banques, un agent et un inspecteur, a permis de réduire le processus de manière substantielle. C’est-à-dire, ramener le temps moyen de transaction bancaire à environ trois heures à 25 minutes. Soit un record jamais atteint en termes de rentabilité horaire.

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