Matières premières

Les négociants à l’âge du zinc

Les métaux pèsent toujours plus lourd dans les bilans des maisons de négoce. Chez Trafigura, les bénéfices de cette division ont rattrapé les traditionnelles activités pétrolières. Et Glencore ne parle plus que de voitures électriques

La technologie moderne n’est qu’un «amas d’argent, de cuivre et d’autres métaux dont l’extraction et le façonnage prennent beaucoup de temps». Ce ne sont pas les traders de matières premières qui contrediront le scientifique tchéco-canadien Vaclav Smil. Les grandes maisons de négoce ont investi des milliards dans leurs infrastructures minières. Alors que le cours du baril peine encore à décoller, ce sont ces investissements qui soutiennent désormais leurs bénéfices.

«Inimaginable» il y a un an

Pour les traders, les nouvelles mines d’or s’appellent cuivre, zinc ou aluminium. Des matières dont le prix a progressé de 20 à 35% en un an, «des sommets pratiquement inimaginables en début d’année fiscale», commente Saad Rahim, économiste en chef de Trafigura, dans le rapport annuel du groupe.

Les raisons derrière cette année exceptionnelle pour les métaux? La reprise de l’économie mondiale, des ventes automobiles et le développement chinois (immobilier et réseau électrique en tête).

Pour la première fois, l’unité «Métaux et minéraux» de Trafigura a dépassé le milliard de dollars de bénéfices (hors taxes), selon les résultats annuels communiqués lundi. Un montant en hausse de 32,4% par rapport à 2016, plaçant les métaux à la hauteur de sa division pétrolière. Cette dernière négocie chaque jour 5,2 millions de barils mais ses «marges sont sous pression en raison des conditions de marché», a reconnu Jeremy Weir, directeur du groupe singapourien, lors de la présentation des résultats.

Reflétant cette période pétrolière difficile, les bénéfices du groupe ont chuté de 9%, à 887 millions de dollars, en 2017 et les dividendes versés à sa direction ont été revus à la baisse.

Des minéraux «disruptifs»

La concurrence n’a pas manqué de profiter de l’embellie dans les métaux. Glencore réalisait en 2016 déjà quelque 1,1 milliard de dollars annuels avec ses activités minières, selon les derniers résultats disponibles. Il est vrai qu’aucun autre groupe n’a autant investi dans l’extraction que le géant zougois. En 2013, il s’était offert Xstrata pour 30 milliards de dollars.

Depuis lors, Glencore ne parle plus que de son portefeuille stratégique de métaux. Anticipant le lancement de quelque 30 millions de véhicules électriques d’ici à 2030, son directeur, Ivan Glasenberg, prévoit dès lors de générer quelque 7,4 milliards de revenus (après taxes) grâce au cuivre, cobalt, nickel ou zinc. Des matériaux indispensables à la production des batteries et autres circuits de ces véhicules «disruptifs», a-t-il souligné mardi lors de la journée des investisseurs.

Lire aussi: «Glencore soutenu par la hausse du cours des minerais»

«Mur de l'offre»

Le groupe, qui anticipe un bénéfice de 2,8 milliards de dollars pour 2017 (avant intérêts et impôts), prévoit d’injecter entre 2018 et 2020 une moyenne annuelle de 4,5 milliards de dollars dans le développement de ses activités extractives.

Car, au vu de l’espérance de vie des mines actuelles et de la faiblesse des investissements, les analystes évoquent régulièrement la notion d’un «mur de l’offre». La demande de cuivre croît au rythme de 3% par an depuis 120 ans, soit un doublement de la taille du marché tous les 22 à 23 ans, rappelle Alliance Bernstein. Le gestionnaire d’actifs déplore, dans son analyse hebdomadaire, la «mauvaise allocation des ressources» dans les secteurs non productifs de l’économie. Avant de rappeler les mots de Vaclav Smil: «Notre ère est davantage celle du fer que celle des microprocesseurs.»

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