Les grandes manœuvres autour de l'avenir de Sabena se poursuivent. La direction et les représentants du personnel ont négocié âprement lundi les modalités du volet social du plan de restructuration, qui doit permettre à la compagnie aérienne belge de renouer avec les bénéfices d'ici deux ans. Les partenaires sociaux se montraient confiants en début de soirée sur les chances de parvenir à un accord pour sauver l'entreprise de la faillite.

Les actionnaires ont entériné ce week-end un plan de restructuration de 750 millions d'euros (1,14 milliard de francs, lire Le Temps du 22 janvier) pour redresser la barre de Sabena, qui a enregistré l'an dernier un trou estimé à 8 milliards de francs belges (environ 300 millions de francs). L'Etat belge, actionnaire principal (50,5%), injectera 100 millions d'euros dans l'entreprise, alors que SAirGroup (49,5%) contribuera à hauteur de 150 millions d'euros. Cet apport d'argent frais devra recevoir l'aval de la Commission de Bruxelles: elle veut s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une aide d'Etat susceptible de fausser la concurrence.

Autre mesure d'assainissement prévue: la vente des départements restauration à bord, manutention, fret et services techniques à SAirGroup. Elle rapportera à elle seule 150 millions d'euros à Sabena. C'est l'un des sujets chauds des négociations en cours, les syndicats s'étonnant que la compagnie se sépare d'activités réputées rentables. Mais le point le plus sensible, c'est le plan social Blue Sky, lancé en octobre dernier: il doit permettre d'économiser 350 millions d'euros, dont 52 grâce à des mesures qui concernent directement le personnel. Aucun licenciement collectif n'est prévu. Quelque 450 à 500 postes sont néanmoins appelés à être supprimés.

C'est là que le bât blesse. L'Etat belge et SAirGroup exigent que le personnel souscrive pleinement au projet Blue Sky. Ils en font une condition à la recapitalisation. Les syndicats, très puissants, sont disposés à discuter, mais ils exigent des garanties pour l'emploi. «Nous sommes prêts à nous mettre à la table d'éventuelles négociations à partir de demain (mardi, n.d.l.r.) afin de trouver de vraies solutions pour la survie de la compagnie permettant de garantir l'emploi des 12 à 14 000 employés et de sauvegarder leur salaire et leurs conditions de travail», a déclaré en début de soirée leur porte-parole, sur un ton revendicatif.

Ouverts à la discussion, les syndicats préféraient cependant attendre les conclusions d'un audit indépendant sur la gestion de l'entreprise, qu'ils ont commandité pour la fin du mois. «La direction de Sabena veut un engagement par rapport au plan (Blue Sky) avant les résultats de l'audit, explique un représentant des pilotes. Cela pose un problème de calendrier. Comment pouvons-nous engager des négociations si nous n'avons pas le résultat de l'audit? Cela voudrait dire que l'audit n'a servi à rien.»

La direction, elle, est pressée. Le conseil d'administration de la compagnie, qui compte en son sein cinq représentants de SairGroup, était réuni hier soir pour préparer une assemblée générale extraordinaire des actionnaires prévue le 8 février. Elle a été convoquée en raison de la situation financière précaire de la compagnie, la loi belge sur les sociétés stipulant qu'une assemblée doit être réunie lorsque l'entreprise a perdu plus de la moitié de son capital, ce qui est le cas de Sabena.

Deux scénarios possibles

Deux scénarios sont envisageables. Soit le conseil d'administration est en mesure de présenter un plan de restructuration pour éviter le crash de la compagnie, ce qui suppose l'accord du personnel au plan Blue Sky. Soit il n'a rien à soumettre à l'assemblée, qui est alors tenue légalement de prononcer la dissolution de la société. Un scénario apocalyptique, auquel personne ne veut (encore) croire. A commencer par les syndicats, dont un représentant assurait en début de soirée que les propositions discutées dans la journée avec la direction sont de nature «à sauver Sabena ainsi que les intérêts du personnel».