Avec la généralisation des grèves d'avertissement dans tout le secteur de la métallurgie et de l'électronique, c'est une semaine sociale très agitée qui s'ouvre en Allemagne. Alors que les négociations salariales doivent reprendre jeudi dans les deux Länder déterminants de la métallurgie, le Bade-Wurtemberg (Mercedes, Porsche, Audi) et la Rhénanie du Nord-Westphalie, le puissant syndicat IG Metall a annoncé un durcissement des arrêts de travail qui avaient déjà mobilisé plus de 240000 métallos la semaine dernière.

Chez Opel, chez Bosch à Eisenach, dans cinq entreprises de Berlin au moins, les chaînes de production se sont arrêtées lundi matin. Selon IG Metall, c'est surtout dans les villes de la Hesse, au centre de l'Allemagne, autour de Darmstadt, que le mouvement s'est concentré, alors qu'il avait paralysé les ateliers de Ford à Cologne la semaine dernière, par exemple.

IG Metall prêt au conflit

Argumentant que le salaire réel des Allemands a chuté en moyenne de 1% ces dix dernières années, IG Metall réclame une hausse des tarifs de 5%. L'organisation syndicale fait donc monter la pression avant de rencontrer le patronat. «Nous voulons une solution rapide, maintenant et tout de suite. Et si nous n'y parvenons pas, nous ne craignons pas d'affronter le conflit», a prévenu Jürgen Peters, président d'IG Metall.

La centrale syndicale surfe sur le mécontentement provoqué la semaine dernière par l'annonce d'une forte augmentation des revenus des dirigeants des 30 entreprises cotées au Dax, en raison des gains boursiers.

Le malaise est également alimenté par les discussions au sein de la coalition au pouvoir à Berlin sur l'allongement de six à vingt-quatre mois de la période d'essai de tout nouvel embauché, permettant un licenciement sans justification durant ce laps de temps.

Opposition à la hausse du temps de travail

Enfin, la grève entamée au Bade-Wurtemberg dans les services publics, plus particulièrement la voirie, contre l'augmentation de l'horaire hebdomadaire de travail de 38,5 à 40 heures se poursuit dans les villes du sud de l'Allemagne. Le durcissement de la part des employeurs publics fait craindre aux employés de la métallurgie que la pression pour l'allongement de la durée hebdomadaire de travail se généralise à l'ensemble de l'économie.

Dans une interview à l'hebdomadaire der Spiegel, Otmar Zwiebelhofer, patron de l'association des employeurs de la métallurgie du Bade-Wurtemberg, veut pourtant croire à un accord rapide avec IG Metall. Il annonce pouvoir mettre sur la table des négociations un paquet de propositions chiffrées qui comprendrait de nouveaux aménagements des structures de tarifs et un versement unique d'une indemnité, mais aussi un allongement des horaires de travail. Or, dénonce-t-il, IG Metall repousse toute discussion sur ce thème.

Faiblesse de la croissance

Selon les analystes, le secteur automobile serait en mesure de supporter une augmentation des salaires de quelque 3%. La main-d'œuvre ne représente en effet plus que 15% des coûts de production, contre 65 à 70% pour la matière première, estime un analyste de la Dresdner Bank.

Même si les salaires de la métallurgie augmentaient de 2 à 3%, cela n'entraînerait pas encore une hausse de la moyenne du salaire moyen allemand, qui risque de stagner cette année encore, «car les salaires de la métallurgie ont désormais perdu leur caractère exemplaire pour le reste de l'économie», selon Stefan Bielmeier de la Deutsche Bank. Et la faible consommation intérieure risque donc de peser encore sur la croissance allemande.