«La confiance de l'économie pâlit», titre le Financial Times Deutschland. «La peur de la récession», risque Die Zeit. L'inquiétude gagne l'Allemagne. Depuis début mars, les prévisions de croissance du PIB pour l'an 2001 sont revues à la baisse chaque semaine. Pour la première fois ce mois, deux établissements (Investmentbank Merril Lynch et Privatbank HSBC Trinkaus) pronostiquent un taux de croissance inférieur au seuil psychologique de 2% (1,9%).

En janvier, l'euphorie était encore palpable quand le baromètre Ifo, qui mesure le climat des affaires en Allemagne de l'ouest, gagnait 0,7 point, à 97,5. Mais mercredi, l'indice de février s'est inscrit en forte baisse, à 94,9 points. Un recul était attendu, mais pas de cette ampleur. C'est la plus forte régression enregistrée depuis septembre 1998. L'indice mensuel atteint son niveau le plus bas depuis juillet 1999. Il avait flambé à 102 points en mai dernier. La Bourse a accusé le coup: mercredi, les deux indices, le Dax et le Nemax 50 pour le Nouveau Marché, reculaient respectivement de 2,77% et de 7,31%. Jeudi, la Bourse de Francfort connaissait une nouvelle journée noire, les deux indices perdant à nouveau 4,16% et 6,66%.

La croissance du PIB allemand a déjà patiné aux troisième (+0,3%) et quatrième semestres (+0,2%) 2000, à comparer avec le gain de 0,6% au deuxième semestre. En janvier 2001, les commandes de l'industrie ont reculé de 3,9%. L'impact sur le chômage fut immédiat: la régression constante du nombre de chômeurs depuis octobre 1997 a stoppé en décembre 2000.

Un cadeau fiscal sans effet

Les analystes pointent un doigt accusateur vers les Etats-Unis. L'économie No 1 de la zone euro serait la plus affectée par le ralentissement outre-Atlantique. C'est l'avis d'Uwe Angenendt de la BHF Bank à Francfort. Un dixième des exportations allemandes prend le chemin des Etats-Unis. Les carnets de commandes à l'exportation ont enregistré un premier recul en janvier, et la tendance se renforce.

Une explication un peu courte? Les exportations vers les Etats-Unis représentent à peine plus de 2% du PIB allemand. D'autres motifs intérieurs sont en cause, à commencer par la faiblesse de la consommation intérieure. Une brochette de grands patrons allemands en faisaient le constat lors d'un récent déjeuner à l'ambassade de suisse. Le cadeau fiscal du gouvernement est sans effet. Ce bonus est «mangé» par la hausse du prix des produits énergétiques et l'inflation. La méfiance domine et réduire sa consommation plutôt que son épargne reste une vertu répandue en Allemagne.

Banquiers et industriels en sont convaincus: les faiblesses structurelles de l'économie nationale expliquent que l'Allemagne est à la traîne de la croissance en Europe depuis des années. Le marché du travail n'est pas assez déréglementé; les entreprises ne sont pas assez internationalisées; les coûts de la réunification (3% du PIB pour financer les retraites et le chômage dans les nouveaux Länder) restent un handicap; les systèmes éducatif et universitaire ne sont pas assez performants.

Décision attendue en avril

Le gouvernement se veut pourtant rassurant. A 18 mois des élections générales, il table toujours sur une croissance de 2,75% en 2001. Le ministre des Finances Hans Eichel met en garde «ceux qui broient du noir et freinent les consommateurs». Le chancelier Schröder estime que «l'Europe s'est fortifiée, l'Allemagne aussi». Emancipée, la zone euro peut résister aux Etats-Unis, souligne le FMI. Le patron de la Banque européenne (BCE), Wim Duisenberg, croit ainsi à une «croissance robuste durable» dans l'espace euro. La BCE n'envisage donc pas encore de baisser son taux directeur. Le seul ralentissement de l'économie allemande ne le justifie pas. Les analystes financiers allemands s'attendent pourtant à une décision dans ce sens en avril.

C'est sûr, le ralentissement a atteint l'Allemagne, mais les prévisions deviennent aléatoires. L'Institut allemand pour la recherche économique annonce, perplexe: «Les indicateurs économiques les plus importants pour l'Allemagne ne laissent apparaître aucune tendance claire.» Si l'économie européenne continue à progresser à raison de 2,5% par an, l'Allemagne ne fera pas mieux en 2001, et sans doute moins bien. La fourchette désormais évoquée varie entre 2 et 2,5%. Ce résultat serait supérieur à la croissance du PIB en 1999 (1,6%) ou au taux moyen de croissance annuelle de la décennie 90 (1,4%). Le boom record à 3% de l'an dernier est oublié, mais l'on reste loin d'une stagnation.