Agroalimentaire

Nespresso quitte Lausanne et condamne le Nest de Vevey

Les 350 employés du centre international seront transférés de Lausanne à Vevey d’ici à 2021. Inauguré il y a dix-huit mois, le musée Nestlé ferme ses portes mais sera numérisé

Nespresso change de nid. La division cafetière de Nestlé déménage de Lausanne à Vevey. C’est le musée de la multinationale, le Nest, qui accueillera dès 2021 les quelque 350 collaborateurs du siège mondial de Nespresso, a annoncé vendredi matin la multinationale dans un communiqué. La branche suisse de Nespresso transférera en outre 110 autres collaborateurs à La Tour-de-Peilz. Ces restructurations s’inscrivent dans un vaste programme de réduction des coûts entamé depuis début 2017 par son directeur général Mark Schneider.

Inauguré il y a à peine deux ans, le Nest «continuera sous une forme numérique» dès septembre 2019, a communiqué la multinationale à ses employés, confirmant une information de 24 heures. En clair, le musée fermera ses portes et sera réaménagé pour sa nouvelle fonction. Portée par la précédente direction de Nestlé, la construction d’un centre célébrant les 150 ans de la multinationale était décriée, y compris à l’interne.

Un «cadeau» à 18 francs la visite

«Quand on veut offrir quelque chose à la communauté, on ne peut parler que de soi», expliquait il y a quelques mois une source interne. A son ouverture, le Nest – musée interactif centré sur les produits de la multinationale à 18 francs le ticket – était présenté comme un «retour à la communauté» qui accueille le siège international de Nestlé depuis sa création.

Dans son communiqué, Nestlé évite soigneusement le terme de fermeture, préférant évoquer les 130 000 visiteurs comptabilisés depuis 2016, «dont plus de 80% proviennent de la région». Interpellé sur les raisons de la fermeture, le directeur de la communication du groupe assure «qu’il ne faut pas y voir l’aveu d’un échec muséal, mais une opération d’optimisation du patrimoine immobilier du groupe, selon la stratégie annoncée par la direction». L’essentiel de l’investissement – 130 millions de francs – sera «préservé et valorisé par ce changement d’affectation», assure-t-il.

Le sort de l’ancienne ferblanterie, adjacente au musée, a aussi été réglé vendredi. Le local – qui devait accueillir le festival Images, avant que Nestlé ne stoppe subitement le projet en janvier – sera mis à la disposition des organisateurs de la Fête des vignerons. Ils y stockeront jusqu’à l’été prochain leurs 6000 costumes, avant de céder le local à Nespresso.

Positif pour tout le monde

Pour la syndique de Vevey, Elina Leimgruber, qui a appris cette décision la veille, cela «permet de comprendre la réflexion que Nestlé avait en tête» en sortant du festival Images. Suite à plusieurs désinvestissements dans la région, les spéculations allaient bon train quant aux relations entre la multinationale et les autorités locales.

«Nous avons toujours eu d’excellents rapports, conteste la syndique. Le déplacement du siège de Nespresso confirme l’ancrage de Nestlé à Vevey. C’est positif pour la commune, la Riviera et toute la Suisse.» Cela devrait aussi l’être pour la fiscalité locale puisque les 350 collaborateurs «consommeront ici et éventuellement y déménageront», évoque l’édile qui dit ne pas disposer encore de tous les éléments relatifs aux retombées fiscales. Nestlé représente déjà 2000 des quelque 12 000 emplois de la commune.

Un «moindre mal»

Le déménagement du siège international de Nespresso avait, lui, déjà été évoqué à plusieurs reprises, à l’interne comme à l’externe. Notamment en mai, quand le groupe avait annoncé la délocalisation de 580 de ses postes vaudois (centre informatique et Nespresso) vers Barcelone, Milan et Lisbonne.

A l’interne, on exprime un certain soulagement. «Autour de moi, beaucoup de gens ont fait les frais de la restructuration d’il y a six mois. C’est un privilège de pouvoir rester en Suisse, sur un site si proche de Lausanne», explique un collaborateur qui n’a pas souhaité être nommé.

Une «vision cantonale» partagée par Pierre-Antoine Hildbrand. Le municipal chargé de l’Economie à Lausanne espère que cette proximité n’incitera pas trop d’employés à déménager. Il espère aussi que la réforme fiscale des entreprises conduira d’autres sociétés à s’implanter dans la région, compensant ainsi les pertes fiscales liées au départ de Nespresso.

Même s’il le regrette, le PLR dit respecter le choix de Nestlé de «regrouper ses activités sur des bâtiments qui lui appartiennent». Le propriétaire des locaux de Nespresso à Lausanne a désormais deux ans pour trouver un nouveau locataire.

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